Jean-Christophe Cambadelis, secrétaire général du P.S., est un habitué du 5 à 7 de Michel Field, sur LCI. C'était donc son tour hier après-midi, et les déboires de la majorité constituaient l'essentiel de l'entretien. 

Le journaliste interrogea, soudain:"N'êtes-vous pas gêné par les critiques sévères de la Cour des Comptes?" Accusant le coup, l'homme politique déclara sans ambages que la Cour des Comptes dépassait son rôle en critiquant les élus au pouvoir, et du coup "affaiblissait la France"(!). D'abord, parce qu'ils ne l'étaient pas, élus, mais nommés par les élus. Ensuite, parce que la mise en doute de la parole des responsables politiques le re-semait dans les esprits des citoyens, qui étaient là pour y croire, et qui, du coup, pouvaient perdre confiance, se désespérer un peu plus. Une remarque du journaliste sur les annonces de François Hollande à propos du chômage, non confirmées par les faits, relança sa colère, et lui fit affirmer un "droit au mensonge" réservé aux dirigeants, comptables du moral de la nation qui s'est confiée à eux.

Cette mauvaise foi, si tant est qu'il en existe une autre, m'attendrit. La parole est ce qui définit l'homme. Elle est le véhicule à tout faire, transportant les vérités et les mensonges, les menaces et les promesses, les insultes et les compliments. 

Pas de démocratie sans paroles. Mais les dictateurs ne sont pas moins bavards. Ce sont les actes qui font la différence.

La vérité n'étant que rarement bonne à dire, le mensonge, lui, peut être arrangé pour plaire. Comme la décision de justice, la parole politique a besoin de nombreuses instances d'appel, qu'elle doit franchir victorieusement, pour qu'il n'y ait pas de mauvaise surprise au déballage.

"Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse", énonce le proverbe. Les politiques savent que le mensonge, ou le simple bobard pour faire plaisir, finissent par retourner l'opinion, qui rejette en bloc le mensonge et le menteur. Mais en cherche immédiatement un autre, "vierge"!

C'est pourquoi, faire des choses sans en parler, prendre le peuple par surprise, n'est pas mieux*. Le dirigeant politique d'une démocratie doit annoncer, et commenter, tout ce qu'il fait. Le plus difficile est de réaliser la bonne concordance entre les actes et les paroles.

Ce n'est pas le peuple qui est le plus sévère envers les mensonges des politiques. Il est blasé, sans illusions, et même admiratif du culot. Dans les foires, il adore les camelots, les "bonimenteurs" patentés ont des succès durables. Les rivaux, pour lesquels la compétition englobe l'aplomb mensonger, surveillent de près le champion du moment. Et les journalistes gagnent leur vie à les identifier et à les dévoiler.

S'ils ne le faisaient pas, la Cour des Comptes parlerait dans le vide! Je pense que les lointains prédécesseurs de Jean-Christophe Cambadelis, qui ont décidé la création de la Cour des Comptes, comptaient sur elle, c'est le cas de le dire, pour dire la vérité à leur place. 

J'ai le sentiment que le Secrétaire Général du P.S. va se faire engueuler.

Sceptique

* Il ny a de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Il y a toujours une partie du peuple qui se prétend  non informée, non prévenue, et qui se rebiffe.