Le "printemps arabe" a échoué en Égypte, comme en bien d'autres pays, où l'exemple parti de Tunisie s'est répandu comme une trainée de poudre, mais s'est cassé sur le conservatisme religieux ou, en l'occurrence, militaire.

Les sociétés arabes se sont révélées encore trop structurées par l'âge, qui détermine les relations entre les hommes. Un homme adulte n'a aucune indépendance, tant que le père est vivant. Son successeur est l'ainé de ses fils. Quant aux femmes de tous âges, quelle que soit leur personnalité, elles n'ont aucun poids. L'activisme des jeunes a suffi pour faire tomber les pouvoirs du moment, mais a rencontré la résistance de la structure sociale. En Égypte, les Frères Musulmans ont reçu légitimement le pouvoir, mais ils n'en ont pas fait bon usage.  L'entrée en lice de l'armée a été accueillie avec soulagement. Mais "Elle" n'a aucune aptitude culturelle à réaliser une démocratie.

Les alliés occidentaux de l'Égypte ont été également soulagés, car les Frères Musulmans ont partout une tendresse admirative pour ceux qui sont encore plus musulmans qu'eux-mêmes. Or les valeurs occidentales ne sont pas compatibles avec l'islam pur et dur. 

Les jeunes révolutionnaires déçus*, les classes populaires sans espoir, ont compris que c'était encore fichu cette fois-ci, et ont soutenu comme un moindre mal le retour de la classe militaire, c'est à dire le retour à son ordre, celui du silence dans les rangs.

Tous ces événements ne se sont pas passés dans l'indifférence du quatrième pouvoir, spécifique des sociétés modernes, la Presse, les médias. Conformément à leur éthique, à leur liberté comme valeur absolue, tous les journalistes ont été critiques de l'évolution politique vers une reprise en mains autoritaire de l'Égypte, un coup d'État mettant fin à la présidence du Frère Musulman Morsi, le jettant en prison, lui intentant un procès anachronique, dont l'issue est garantie par des magistrats bien sages. 

Parmi les journalistes harcelant le pouvoir, il y avait une chaine arabe, Ai Jazira, dont le défaut majeur a été de vouloir faire de linformation libre et indépendante, alors qu'elle est arabe, et qu'il était donc attendu d'elle qu'elle soit beni-oui-oui! Alors, pour la faire taire, ses journalistes ont été jetés en prison, et condamnés lourdement.

Les commanditaires de ces poursuites acharnées n'ont pas hésité à s'aliéner un "pouvoir" qui vient d'ailleurs et dont ils n'ont pas pu croire en la puissance, en le respect, grinçant ou rageur, dont il bénéficie en Occident.

Ce n'est pas une erreur judiciaire, c'est une action terroriste ciblée, cohérente avec leur vision du monde, irréaliste, et c'est une "bavure" par l'effet, contraire à l'attente, sur les puissances qui protègent l'Égypte. 

Bien sûr, leur intérêt sécuritaire, qui leur fait préférer un pouvoir militaire à un désordre récupéré par l'extrémisme islamiste, ne leur fera pas modifier leur choix, mais, en tout cas, c'est ce qui est attendu d'elles, elles devront faire une forte pression sur le pouvoir militaire pour qu'il mette fin à cette situation inique, et intolérable en Occident, surtout que quelques journalistes occidentaux, travaillant pour Al Jazira, sont également en prison pour dix ans ou plus.

Sceptique

*Contraints au silence par le pouvoir militaire, mais toujours "libres" de penser et d'échanger leurs idées sur les réseaux sociaux, difficilement contrôlables. Comme dans tous les endroits du monde soumis à un pouvoir totalitaire, il faut leur recommander la prudence.

Note du 27 Juin 2014: Dans son éditorial du 26 Juin (daté du 27/06), le "Monde" reprend la même analyse, très sévère, de la parodie judiciaire qui vient de s'achever au Caire. Il s'émeut de ce que les États-Unis et l'Union Européenne, aient reconduit leur aide financière au régime militaire. La politique internationale a ses raisons que la morale ne connait pas. Le Maréchal-Président Al-Sissi peut faire ce qu'il veut avec ses armées, sur le territoire égyptien. Il ne faut pas qu'il éprouve des démangeaisons de les utiliser ailleurs.