C'est la logique adoptée par le "Monde" dans son éditorial du 9 Juillet qui "m'interpelle". Il est question de l'accident ferroviaire de Brétigny, provoqué par un mauvais entretien, caricatural, d'un aiguillage.

Il ne peut qu'être bien entendu qu'en aucun cas, ce problème négligé, visible à l'oeil nu, ait pu concerner les équipes de cheminots chargées d'inspecter les voies, de signaler les anomalies à la hiérarchie, de réparer dès que possible l'aiguillage devenu dangereux. Il y a, soit-disant, une pause nocturne du trafic sept nuits sur sept, rendant possible ce type d'actes. 

Mais ce serait anti-social d'émettre un reproche. C'est la faute au patron, toujours. Mais alors, quel est-il? Celui de la SNCF? Non, c'est un sous-fifre, un simple cadre. Le vrai boss, c'est l'État, propriétaire, au nom du peuple français, de l'entreprise nationale.

"Il" a été mal conseillé, estime le quotidien. "Il" s'est laissé séduire par l'innovation technique concoctée par les ingénieurs de la SNCF, le TGV. Impliquant un nouveau matériel roulant, et des voies adaptées à une vitesse deux à trois fois plus élevée que celle des meilleurs trains "normaux".

L'État a avancé l'argent, mais il devrait être remboursé par les recettes du nouveau train, conçu pour concurrencer l'avion. Comme le rappelle le rédacteur, le bel engin eut un succès fou. Tout le monde qui compte en France le voulait passant par chez lui. Coûteux et pas facile. Les ingénieurs de la SNCF avaient une préférence pour les trains s'arrêtant le moins souvent possible*, mais pour les politiques, bailleurs de fonds, ce n'était pas acceptable. D'où quelques gares au milieu des champs.

Ne pouvant faire tout à la fois, la SNCF  s'occupa moins bien du réseau "normal" et des trains qui y circulaient. Il fallait faire durer les rails, et les matériels roulants. De toute façon le prix de revient du transport ferroviaire n'était plus accessible à des voyageurs au revenu "normal". L'État, puis, les Régions, s'engagèrent, par des contrats en bonne et due forme, à financer le service rendu, en compensant le manque à gagner des billets vendus à un prix supportable.

Pendant ce temps là, le TGV continuait à se développer, comblant de fierté les grands élus locaux, qui le voyaient enfin passer, pas sous leur fenêtre, mais en se faisant transporter près de la voie. Ça ressemble un peu au passage du Tour de France, mais en nettement plus rapide et plus bruyant. Quant aux vaches, elles n'en reviennent pas.

Un peu de bénef avec le TGV, beaucoup de déficit avec les trains "normaux" et leurs passagers moins pressés et radins, la SNCF tire la langue, et se laisse aller à gémir. 

Mais n'allons pas chercher trop loin dans le passé. Il y a prescription pour les premiers coupables. On tient le dernier, ce pelé, ce galeux, dont vient tout le mal,  le précédent Président, Nicolas Sarkozy, qui a profité de son passage au pouvoir pour ajouter QUATRE NOUVEAUX CHANTIERS DE TGV, sur des itinéraires mis sous le coude par ses prédécesseurs, attendant des jours meilleurs.

Il ne sera pas difficile de démontrer son entière responsabilité dans l'état de l'aiguillage de la gare de Brétigny-sur-Orge. Sous son règne, le bien-fondé du tout TGV était déjà contesté, et "Il" n'avait pas le droit de l'ignorer. Il aurait du en tenir compte.

Sceptique

* "On" a même dit qu'ils préféreraient des trains qui ne s'arrêteraient pas du tout! Où s'arrêtera la calomnie?