La liberté de l'information est une valeur essentielle des démocraties. Le droit à l'information est tout autant essentiel aux citoyens, présumés responsables de leur choix politique et de ses conséquences. Le secret du vote réduit cette responsabilité à un principe, sans effet concret. La responsabilité ne repose que sur les élus.

Le secret de la vie privée est un droit des citoyens. Ils en disposent totalement. Ils ne peuvent pas libérer les professionnels (médecins, avocats) de leur obligation au secret professionnel, mais, bien sûr, ils peuvent livrer ce qu'ils veulent de leur intimité, tant qu'ils ne mettent pas en cause d'autres qu'eux-mêmes.

Un citoyen qui a affaire à la justice pour une raison quelconque, a, en principe, le droit de ne pas voir étaler dans la presse l'objet de l'action en justice. Y compris par les soins mêmes du service de la justice qui s'occupe de son cas.

Mais si ce cas se produit, "la protection des sources des journalistes" fait alors obstacle à toute plainte, à tout examen de sa plainte.

Les querelles de voisinage, les excès de vitesse, les infractions au code de la route de conducteurs "lambda"**, n'intéressent personne, et ne s'étaleront pas sur une page du journal local.

Quand le cas se produit, il s'agit d'une affaire importante, ou d'une personne impliquée, importante. L'usage fait ainsi qu'à partir d'une certaine notoriété, les droits réels de la personne rencontrent une limite ou sont annulés. Le droit à l'information prévaut sur les autres. Rien de tel n'est spécifié dans les codes. 

Les rédactions des journaux ou des hebdomadaires "généralistes" de tous bords, ou de publications se posant comme "d'investigation", semblent disposer dans chaque service de l'administration (pas seulement de celle de la justice), d'un informateur bien placé (un honorable correspondant, selon l'expression consacrée). Cet informateur, présumé bénévole, n'agissant que par conviction de servir une cause supérieure à son serment, transmet à la publication "amie" l'information, étayée par la copie du document qui l'authentifie.

Fureur légitime, mais vaine de ceux qui sont lésés par la "fuite". Même l'État, agissant sur l'ordre de son chef légitime, se heurte à la Loi, et se fait taper sur les doigts. Ce sont ses fonctionnaires fidèles et zélés qui prennent. C'est à leurs basques que les juges accrochent les "casseroles" infamantes. Ça calme le jeu, mais sans supprimer l'humiliation de l'État.

Un statu quo, justifiant définitivement cette pratique, serait choquant. Il y a des limites au secret professionnel des médecins et des avocats, pouvant couvrir une faute ou un délit, et il n'y en aurait pas pour le serment des fonctionnaires? Seules la peur et la paresse font durer l'anomalie.

Les services de la justice qui s'occupent des affaires sensibles sont en nombre limité. Un engagement particulier pourrait être imposé aux fonctionnaires et aux magistrats qui demandent, ou acceptent, d'y être affectés: la mutation de l'ensemble du service en cas de fuite, de toute évidence imputable au dit service. Aucune enquête à la recherche de l'individu responsable ne serait menée. Chacun recevrait une affectation conforme à sa compétence et à son grade, sans aggravation de ses conditions de travail. L'opération serait étalée sur quelques semaines, pour permettre la transmission des dossiers. Le recrutement de nouveaux informateurs serait sûrement plus difficile.

Sceptique

*source:"Le Monde", mis en cause par une plainte de Maitre Pierre-Olivier Sur, batonnier de l'ordre des Avocats de Paris. Le quotidien a sorti ses griffes. 

**Quand il s'agit de V.I.P., par contre, le moindre PV vaut de l'or!