Cette question vient sous ma plume en analysant la dernière chronique donnée au Figaro par Frédéric Saint-Clair. Il mesure notre diplomatie à l'aune de celle du Général De Gaulle, après son retour au pouvoir, et la résolution de la guerre d'Algérie. Il critique la politique de rapprochement avec les américains, et le retour de la France dans le commandement unifié de l'OTAN, décidés par Nicolas Sarkozy, s'écartant des modèles de Chirac et de De Villepin. Il critique les atermoiements de François Hollande, son suivisme de Barack Obama. 

Porté par une vague de confiance et de soulagement, les mains libres, et de solides principes, un peu datés, mais acceptés par une opinion subjuguée, De Gaulle, rappelé en 1958 pour accomplir le règlement politique de la guerre d'Algérie, a fait avancer de quelques pas de géant nos capacités technologiques, notre économie de production, notre puissance militaire, dotée de l'arme atomique, réalisée par nos seuls moyens.

Ces nouveaux moyens, le Général les a réservés à notre seul usage. La "respectabilité acquise" lui a permis de se retirer du Shape, le commandement opérationnel de l'OTAN, et de prier ses divers éléments de quitter notre territoire.

En quelques années, notre "petit" pays (à l'échelle du monde) a été doté d'une industrie de pointe, d'un armement dissuasif, exclusivement utilisable par l'exécutif français. De plus, grâce à une bonne gestion des finances publiques, "l'intendance a suivi."

Mais la France est une démocratie, et De Gaulle tenait beaucoup à ce qu'elle le reste. Les "événements" de 1968 ont révélé le développement d'une impopularité, d'une lassitude, masquées par l'information officielle, trop contrôlée. Malgré le retournement d'une opinion effrayée par la tournure prise par les événements, un nouveau référendum, s'attaquant au Sénat, une chambre formée par les élus locaux, tempérant les ardeurs de l'Assemblée Nationale, a été repoussé par les français. Le Général a démissionné.

Les cinquante années qui ont suivi, parmi lesquelles le passage au pouvoir de la gauche, couvrant un total de vingt ans, ont entamé largement les acquis hérités des dix années de présence au pouvoir du Général De Gaulle. Notre puissance industrielle a considérablement faibli, notre compétitivité, aussi, et le chômage chronique touche dix pour cent de la population active. Le niveau de compétence de notre jeunesse est falsifié pour faire du chiffre de diplômes. Notre société est inquiète, pessimiste, désabusée. Seules les vacances redonnent du moral à ceux qui peuvent s'échapper de la morosité quotidienne. L'opinion est manipulée par ses extrémistes des deux bords, qui lui font miroiter des "révolutions", mettant hors d'état de nuire les "autres".

Cependant, notre pays a conservé l'essentiel de son prestige international, sa force de dissuasion, et une armée de métier qui lui permet d'intervenir dans les situations tragiques survenant dans nos anciennes colonies, quand elles nous appellent au secours. Mais, maintenant, toujours avec l'autorisation de l'ONU.

Si nous sommes les seuls, dans ces interventions, à engager des troupes combattantes, nous avons besoin de l'aide logistique de nos alliés, et des capacités de renseignement de l'allié américain. De ce fait, nous ne pouvons pas entrer en conflit avec lui.

Dans ces nouvelles conditions, si nous pouvons refuser de suivre les américains dans une aventure, comme en Irak en 2003, nous ne pouvons rien faire tous seuls, sans l'accord des USA, seul partenaire de l'OTAN à avoir un budget militaire conséquent, une capacité d'intervention mondiale. La plupart des autres partenaires de l'OTAN s'en remettent totalement au bouclier américain. Leurs forces armées ne sont que symboliques.

Il était donc logique que la France reprenne sa place dans le commandement unifié de l'OTAN, qu'elle puisse y dire son mot, même s'il ne pèse pas plus que celui des autres membres. Nicolas Sarkozy a accompli ce geste à l'occasion de son mandat. Il avait une vision pragmatique de notre importance.

François Hollande n'avait sûrement aucune intention de revenir sur la décision. Celle qu'il a prise d'intervenir au Mali, a été entourée des précautions que j'ai rappelées. Mais il a pu éprouver la dépendance des membres de l'OTAN à l'autorité américaine, avec l'affaire du gaz sarin utilisé par le pouvoir syrien. Il s'est retrouvé "en l'air", du fait du recul du président Obama. Sans dommage et sans rancune.

Avant de pouvoir refaire du "De Gaulle", il nous faudra remettre notre pays dans l'état où il était en 1968, mentalité exceptée. Ce dernier critère n'est d'ailleurs pas dans un état si favorable. Le rejet de la gestion actuelle ne s'accompagne pas d'une demande de réformes douloureuses, mais efficaces. Il reste à convaincre les français de leur nécessité, qu'ils cessent de croire ceux qui leur proposent comme solution de se débarrasser des "autres".

Sceptique