L'assassinat, filmé, et mis à la disposition de tous les médias du monde, d'un journaliste américain, captif depuis près de deux ans, est un message provocateur en direction d'une civilisation. Celle que symbolise, qu'elle le veuille ardemment, ou avec regret, la démocratie nommée, "États-Unis". 

Ce n'est plus une déclaration de guerre. Elle date du 11 Septembre 2001. Mais un défi lancé à un système de valeurs qui aligne la liberté, l'égalité des chances, les droits de l'homme, à commencer par le droit à la vie.

Je n'ai pas envie de me pencher sur le détail de ce que ces tueurs défendent. Je n'y vois rien de défendable, rien d'autre qu'un système de soumission, d'ignorance, d'obscurantisme, de rigidité sociale, qui n'est pas fondée sur la naissance, mais sur la force. 

Leur méthode en découle. Au nom de leur force de droit divin, ils entendent soumettre, à terme, le monde entier. On a connu ça, énoncé différemment, mais dans le même but, avec les idéologies nées du premier conflit mondial, et mises en oeuvre lors du suivant. Que la référence actuelle, se proclamant religieuse, semble lui donner une énergie et une détermination particulières, ne tient qu'à la paresse de notre mémoire. La pensée totalitaire est une.

Aucune liberté ne peut lui convenir. De l'information, donc de la presse, pour commencer. Il faut reconnaitre que ses servants sont dérangeants, à la limite du supportable, surtout dans les meilleures démocraties. Leur prolifération et leur concurrence ne permet aucun contrat de silence sur quoi que ce soit. Ils ont un pouvoir, et peuvent se laisser tenter d'en abuser. C'est le point faible de n'importe quel pouvoir.

L'assassinat d'un journaliste, précisément parce qu'il journaliste, est un signe fort en direction de ceux qui en font une profession significative et dotée de garanties. C'est une représentation de ce que le totalitarisme assassin* promet aux vaincus.

Les pouvoirs démocratiques du monde doivent accepter le défi et s'engager dans cette lutte sans merci. Car ils sont comptables de toutes les libertés fondamentales, qu'elles soient appréciées à leur juste valeur par leurs peuples, ou non. 

Les premières victimes de ce terrorisme sont les populations qui sont en son pouvoir, qui ont perdu celui de se défendre. L'appui aux combattants qui résistent sur place ne doit pas être mesuré. Les tueurs ne gagneront pas. L'histoire du monde humain le confirme toujours. Mais les tueurs tuent jusquà leur dernière cartouche, ou jusqu'à ce qu'ils se fassent tuer à leur tour**. Ils ne doivent avoir droit à aucun répit.

Quant à imaginer leur victoire, leur triomphe final, c'est leur faire trop d'honneur, leur témoigner trop de faiblesse morale, bien sûr plus immédiatement disponible que le courage. Mais c'est surtout douter de la valeur absolue de notre conquête, la liberté. Ce défaitisme s'exprime particulièrement chez ceux qui méprisent la démocratie, ne supportent pas son "laxisme". Il y a une solidarité des pensées totalitaires!

Sceptique

*La télévision a diffusé, à la suite de l'assassinat du juournaliste James Foley, les images des exécutions de masse pratiquées par les djihadistes de l'EL, et filmées par eux-mêmes, qui n'avaient circulé jusque là que sur le web.

**Jusque dans les derniers jours de la débacle allemande, refluant vers Berlin, au printemps de 1945, les SS, tout en fuyant, prenaient le temps de chercher des juifs, échappés aux rafles, pour les tuer avec leur arme.