Antoine de Saint-Éxupéry, un célèbre "ancien" de l'Aéropostale, déplorait déja, avant la guerre (39-45), le mauvais esprit de la relève des pionniers, dont il était. La nationalisation survenue après la libération n'arrangea rien. Les entreprises nationalisées appartenaient à la nation, mais tous les pouvoirs y étaient exercés par le personnel. La loi du nombre, qui aurait du privilégier les obscurs et les sans-grades, ne tarda pas à faire long-feu. La compétence s'empara du vrai pouvoir, en raison inverse de l'interchangeabilité.

Je ne parle que de la compétence technique, conduite des trains, aiguilleurs, pour la SNCF, pilotes, et aiguilleurs du ciel, pour l'aviation commerciale, ingénieurs et techniciens pour EDF. En ce qui concerne ces derniers, les exigences de sécurité, tant au niveau de la production que de la consommation, firent que les coupures de courant cessèrent d'être utilisées, et, qu'à ma connaissance, il n'y eut jamais de recours aux coupures de la distribution de gaz. Trop de risques pour les clients.

À Air-France, donc, ce sont les personnels navigants qui font la loi. Un peu, au sol,les bagagistes. Les personnels administratifs, c'est comme si ils n'existaient pas. Les pilotes sont au sommet de la hiérarchie....des empêcheurs de voler en rond.

La vie de l'entreprise dans le contexte concurrentiel de l'aviation civile n'est pas leur problème. Ils n'ont pas cautionné la privatisation, imposée par l'Union Européenne, la réduction de la place de l'État à celle d'un simple actionnaire. Leur horizon est une re-nationalisation. Les politiques qui ont leur préférence devront, tôt ou tard, s'y résoudre, et faire payer par le contribuable les déficits d'exploitation et les investissements.

L'objet de leur lutte actuelle est le maintien de leur statut, certes, mais aussi son extension aux pilotes de la filiale "low-cost" d'Air-France. Ces derniers ne l'exigent pas. Les grévistes le font pour eux, craignant la contagion en cas de crise grave, de faillite comptable de l'ex-compagnie nationale.

Ailleurs qu'en France, ce serait le "lock out", les propriétaires d'une entreprise devant avoir la maitrise de sa gestion. C'est comme ça que ça se passe pour n'importe quelle entreprise privée. Mais une entreprise nationale devenue privée ne l'est pas de plein droit. Ses payeurs non plus! Du plein droit on passe au droit de fait.

Sceptique

 P.S. du 24 Septembre 2014: "La grève nuit gravement à l'image de la France" titre le Figaro, regroupant des avis concordants. Les pilotes ne peuvent être sensibles à cet argument. Il ont une vision plus narcissique de leur métier, et leur image de vrais maitres de la compagnie est en jeu. Il faut un coup de poing sur la table, de préférence de la part de la direction, qui doit en avoir le courage, car c'est elle qui détient la vérité, sur l'état et les besoins de l'entreprise. Les pilotes ne se préoccupent que d'eux-mêmes. Ils ne se demandent pas ce qu'ils feraient...sans avions!