Je me suis demandé s'il n'était pas prématuré d'analyser la compétition, dans la forme qu'elle a déjà. À la moitié du mandat du Président actuel, François Hollande, "mal parti", sauf miracle, pour une réélection en Mai 2017. 

On pourra m'objecter que Le nombre de quatre candidats déclarés, n'est peut-être pas bouclé. Je pense que du côté de l'UMP, le "plein" a été fait. Le retrait de la vie politique, annoncé par le Président Nicolas Sarkozy, vaincu en Mai 2012 par son rival , a créé un vide, comblé rapidement par trois personnalités importantes du quinquennat achevé. Le retour, de plus en plus probable, puis, effectif il n'y a pas deux semaines, de l'ancien président, me semble devoir lancer la préparation de la prochaine présidentielle. Il y aura, bien sûr, une ou des candidatures centristes, mais elles n'auront pas le même ton.

Si, au lieu de se retirer, de proclamer "urbi et orbi"son renoncement à la vie politique, le Président Nicolas Sarkozy avait choisi d'être un chef de l'opposition, la situation serait certainement différente. Trois hommes l'ont pris au mot, et ont entrepris de rassurer les militants et sympathisants de l'UMP, et de préparer l'avenir. Le leur et celui du pays. Un quatrième ne cachait pas son ambition. Mais il s'était emparé de la présidence de l'UMP, et il ne pouvait pas confondre explicitement sa double ambition. Il a payé de sa personne les légèretés de la gestion du parti et de ses campagnes. Malgré son intelligence et ses compétences, il aura du mal à s'en remettre, car il aura à changer.

Par ordre d'entrée en scène, François Fillon a été le premier à mettre les cartes sur table. Bien placé dans les sondages pour le poste de Président de l'UMP, soumis au vote des cotisants en Novembre 2012, il a été surpris par la victoire imprévue de son rival Jean-François Copé. Les soupçons de fraude massive étant fondés, la rupture entre les deux hommes a affecté gravement l'UMP. Le nouveau président a eu la sagesse d'associer à son nouveau pouvoir, en plus de son rival, François Fillon, les personnalités qu'étaient Jean Pierre Raffarin et Alain Juppé. Un nouveau vote était programmé, mais l'apaisement y a fait renoncer. D'autant plus facilement qu'entretemps, François Fillon avait explicitement renoncé à la présidence de l'UMP, et annoncé son projet de se préparer pour l'élection présidentielle de 2017, devant être précédée par une primaire décidant du candidat unique de la Droite Républicaine, comme les socialistes l'avaient pratiquée en 2006 et 2011.

Dans ce but, il a fondé son mouvement particulier, Force Républicaine, à partir de laquelle il diffuse ses analyses et ses réflexions sur l'actualité, et développe son projet présidentiel, détaillé et cohérent. Son jugement sévère et inquiet de l'état de la France débouche sur une rigueur de l'action politique, au moins: contrôle et réduction des dépenses, réforme du droit du travail passant par les accords à l'échelle des entreprises, suppression des 35 heures, allègement du coût du travail, retraite à 65 ans. Une voie essentiellement libérale, nous plaçant dans les conditions qui profitent à nos concurrents.

Quelques mois plus tard, c'est le député-maire de Saint-Quentin, ancien secrétaire général de l'UMP, ancien Ministre du Travail et des Affaires Sociales, qui a lancé son propre "think-tank", la Manufacture. Comme picard, d'adoption, je connais bien Xavier Bertrand, "self-made man", mais brillant orateur, et "debater", de même. Il s'est formé à la politique "sur le tas", grâce à une ascension locale, accompagnée sans faille par les électeurs. Xavier Bertrand a une ambition présidentielle. Il conçoit cette fonction comme un sacrifice au service des français, et défend une ascèse évitant à l'élu de soigner son image pour s'assurer une réélection: un seul mandat, de sept ans *. Assez de temps, mais pas trop. Un moyen: le référendum, utilisé plus largement pour associer le peuple aux réformes, et contrer les professionnels de la politique.  Il a de solides amis au sein de la droite et du centre. Je ne sais pas s'il ratisse beaucoup l'hexagone, mais sa présence sur les médias, leurs émissions politiques, est régulière. Il affronte avec courage et ténacité des journalistes impitoyables, ou ,au minimum, condescendants.

Enfin, depuis ce début de l'été, l'éclatement du scandale Bygmalion, "grillant" le tout frais député européen Jérôme Lavrilleux, puis provoquant la démission, exigée, de Jean-François Copé, a bouleversé la donne. Le "trou d'air" créé semble avoir précipité le retour à la politique de Nicolas Sarkozy, visant le poste stratégique de la Présidence de l'UMP, poste qui avait été le tremplin de son élection en 2007.

Sentant l'urgence, Alain Juppé, fort de son expérience, fort de son succès triomphal de Maire de Bordeaux, a alors annoncé sa décision d'être candidat aux primaires prévues par les nouveaux statuts de l'UMP, élaborés dans les suites de la crise interne de la fin 2012. Il est porté par l'estime et la confiance d'un bon nombre d'électeurs, qu'il rassure. Les grandes lignes de son programme, qu'il entend bien enrichir des suggestions de ses électeurs, ne risquent pas de "faire grimper aux rideaux".

Ces primaires ne sont pas un détail. Le parti de droite a été séduit par la méthode des primaires utilisée par deux fois par le Parti Socialiste et ses alliés radicaux. Les partisans de l'adaptation de ce système à l'UMP l'ont fait voter et inscrire dans les nouveaux statuts du mouvement. "Ils" entendent les défendre, car les fidèles de l'ancien Président les considèrent comme une épreuve humiliante et inutile. Leur poulain est par définition le meilleur, pour 2017 comme en 2007.

Dès qu'il est revenu sur la scène politique, Nicolas Sarkozy a affirmé qu'il respecterait le principe des primaires...puisque ses concurrents et néanmoins amis semblaient y tenir.  Mais "elles" sont encore loin! Il a commencé une campagne de rapprochement avec ses partisans, encore très nombreux, et les français inquiets de la tournure prise par une gouvernance aux abois, qui multiplie les annonces saugrenues et ne risquant pas d'être populaires, comme autant de tests. S'ils sont trop mal accueillis, "on" n'en parle plus. "On" passe à d'autres.

"Tout le monde " s'accorde sur le succès certain de Nicolas Sarkozy lors de la désignation du prochain Président de l'UMP**. 

Mais après? La fidélité de l'UMP ne suffira pas.

Sceptique

*Le point faible de cette définition du mandat présidentiel est la quasi certitude d'une cohabitation avec l'opposition les deux dernières années.

**Fin Novembre 2014, en conclusion d'un Congrès de l'UMP.

P.S. Nicolas Sarkozy affiche une totale sérénité face aux multiples actions judiciaires montées contre lui, cherchant à prouver des malversations remontant jusqu'à 1995.