Par l'effet prolongé de la crise de 2008, et par celui de l'incompétence doctrinaire de la majorité au pouvoir depuis 2012, notre économie marchande continue de s'anémier, de perdre des emplois, pour la plupart à faible valeur ajoutée, dont l'impact se fait sur les catégories les moins bien armées.

Les deux premières années ont été consacrées au "Triomphe", celui des vainqueurs, à la manière romaine, récompensant les bons électeurs, accablant les mauvais. Des gardiens vigilants veillaient à ce que ces derniers payent pour leurs fautes quinquennales, leur confiance en un homme dont venait tout le mal. Mais pendant que les anathèmes s'alignaient, les faillites et les désillusions faisaient de même.

Un retournement de la politique économique, annonçant la fin de la casse consciente et organisée des entreprises privées, fit l'essentiel des annonces du Président de la République, lors de ses voeux de nouvelle année(2014). La gestation des textes fut longue et difficile. Une partie notable des troupes du Président ne comprenait pas ce retournement, cet abandon de l'orthodoxie manichéenne.

Les annonces,bien accueillies par les intéressées, les entreprises, ne sont encore ni concrétisées, ni efficaces. Notre tissu industriel continue de se détruire, et le nombre des chômeurs augmente chaque mois. "On" se gargarise des rares exceptions que constituent des entreprises inventives, qui fournissent au monde leurs produits irremplaçables, achetées à leur prix, sans barguigner.

Pendant ce temps là, nos besoins ordinaires sont assurés par la Chine.

La vie à crédit a du bon, tant qu'elle dure. Il ne faut pas se plaindre. Les ceintures se serrent très progressivement, cran par cran, par peur du futur proche, plus que par gêne au présent. Les résultats des annonces alambiquées du gouvernement ont explosé sous forme de la hausse brutale des impôts, annoncés à des familles en anesthésie générale jusqu'à cette année. Le réveil a été douloureux. L'anesthésiste en chef s'est empressé de pousser sur sa seringue. Les cochons-de-payants, habitués, auront de quoi crier plus fort encore.

La dégressivité des allocations familiales en fonction du niveau de vie des couples a des justifications financières, mais elle a un impact symbolique très fort. Notre pays déroulait un tapis rouge à chaque enfant annoncé, garant de l'avenir de notre nation. Les allocations diverses ne constituaient pas, dans l'esprit, une aide sociale, mais une entrée généreuse de la nation dans chaque famille, les bras chargés de cadeaux. Il y aura moins de joie à l'Élysée et à Matignon pour un enfant de riches, que pour un enfant de pauvres, tel est le message reçu par les mères et les pères à venir.

À ce sujet, il est clair que pour ces femmes cadres ou de profession libérale, la maternité est complètement assumée. C'est leur droit, reconnu et honoré jusqu'à ce jour. Les allocations ne supprimaient pas les complications de leur vie professionnelle, qui n'était pas programmée pour faire une place à la maternité. Dans d'autres pays que le nôtre, les femmes qui veulent, ou doivent, travailler, doivent choisir. Travailler, ou pouponner. Ce qui explique le rapport négatif entre la prospérité et la natalité. L'État d'aujourdhui peut parier que sa partialité n'aura pas d'impact sur ces familles de la classe moyenne supérieure. Il n'attend pas leur amour, par principe.

Une autre attitude mesquine est nettement plus significative de l'esprit "lutte des classes" qui habite encore la plupart des responsables de la majorité. Le gouvernement précédent avait affimé sa cohérence en instituant une bourse spéciale pour les bacheliers ayant obtenu une mention "très bien" à leur baccalauréat. Cette mention remonte sensiblement la signification de cet examen pour celui ou celle qui l'a obtenue. Elle témoigne du goût pour l'étude et des capacités spécifiques des lauréats. Ils et elles iront nécessairement plus loin que ce diplôme de fin d'études secondaires. Par cette bourse, systématiquement accordée, l'État faisait un placement symbolique sur l'avenir de ces jeunes cracks. Comme un parent flatté.

La ministre chargée de l'enseignement supérieur s'est empressée de supprimer de sa propre autorité cette récompense de la valeur personnelle. Une incompétence juridique très répandue chez les élus, adossée au Principe de Laignel* a été sanctionnée par le Conseil d'État, questionné par les intéressés, humiliés. Ce qui s'était fait en catimini s'est retrouvé sur la place publique, et dûment interprété comme l'effet d'une haine de classe.

Un autre symptôme du rapetissement de notre gouvernement, cependant moins facilement interprétable, est la révolte de la recherche publique. Les chercheurs de la recherche publique protestent contre la réduction drastique de leurs budgets. Ils n'ont plus rien à faire. Rassurons-nous. Ils sont toujours payés, mais ils s'ennuient dans leurs labos. Ils ne comprennent pas, ou ils protestent pour la forme, que "quand le feu est au château, on ne s'occupe pas des écuries." Il ne s'agit pas de mesquinerie, il n'y a pas de haine des chercheurs ou de leur science, mais c'est la dèche.

Sceptique

*Selon ce principe, énoncé en 1981 par un député du nom de Laignel, la majorité l'emporte sur le droit, ou crée un droit associé: "Vous aurez juridiquement tort, puisque vous êtes politiquement minoritaires."