D'un seul coup, les événements survenus à Sivens, Tarn, ont déchiré , que dis-je, mis en lambeaux, le voile. Celui qui cachait, au delà des mots convenus, les véritables sentiments que les français, y compris leurs élus, avaient sur cette question, "fétichisée".

Les propos méprisants de Madame Ségolène Royal, sur l'initiative des élus du Tarn, prennent, dans la bouche d'une actrice de cette transformation de l'organisation administrative de La France, un relief particulier. Elle y avait trouvé la consolation de son échec à la présidentielle de 2007.

Il s'avère que , dans son esprit, ce n'était que ça, qu'elle a fait, en Poitou-Charente, ce que Napoléon Bonaparte a fait à l'ïle d'Elbe, qu'elle ne s'est pas laissée oublier, retomber dans l'anonymat des autres présidents de région. Pourquoi ne s'est-elle pas remise en lice lors des primaires de la gauche, en 2011? Sûrement, elle a évalué ses chances comme trop faibles. Par contre, l'exercice du pouvoir par son ancien compagnon ayant révélé un gros point faible, un ministère lui a paru une opportunité d'être vraiment plus visible.

Elle pourrait, désormais, exercer un vrai pouvoir, et le glorifier elle-même, trait particulier des gouvernements de François Hollande.

Si je l'ai bien comprise, elle aurait même accompli un miracle. "J'ai réglé le problème de l'eau en France!" * 

Dans ce département du Tarn, il n'était question que d'une retenue d'eau à l'intention des agriculteurs du territoire concerné. L'ouvrage était à la portée financière d'un département, et n'avait pas les exigences techniques du viaduc de Millau.

Mais probablement alertée par ses disciples locaux, la croisade écologique, épaulée par ses corps francs anarchistes (qui sont contre tous les pouvoirs, même le leur)**, s'est portée sur les lieux de cette future retenue, pour l'empêcher. "Elle" n'avait rien à faire des agriculteurs bénéficiaires. Qu'ils crèvent, ou qu'ils se convertissent. On a déjà entendu la chanson.

Mais si les provinciaux ont le droit, en principe, de prendre des initiatives d'intérêt local, ils n'ont pas le droit de lever une armée pour les défendre. C'est encore du domaine "régalien", comme "on" dit. Le Tarn a appelé au secours l'État. Qui lui a envoyé les CRS et les gendarmes mobiles présumés suffisants. Mais ils n'ont pas tenu en respect l'armée assaillante. Face à son agressivité, les envoyés de l'État ont du se servir de leurs moyens défensifs. Et l'un de leurs engins est tombé sur le dos d'un participant, peut-être simple "correspondant de guerre", et l'explosion l'a blessé mortellement.

Toute la France urbaine a eu sa part de dommages vengeurs, d'avertissements d'avoir à compter avec ce nouveau pouvoir, auto-proclamé.

Les tarnais ne s'y sont pas trompés. Ils ont passé la "patate chaude" à l'État, prié d'assumer la décision de faire, ou de ne pas faire l'ouvrage, et d'assumer son coût. Et il a fort à parier qu'il n'y aura plus aucun pouvoir local qui voudra se mouiller sur un projet d'envergure médiatisable. Les ronds-points suffiront à leur bonheur.

Comme les habitants continueront de demander aux responsables politiques d'améliorer leurs conditions de vie, y compris par des actions contre les fantaisies, même vengeresses, de Gaïa, ceux de l'échelon départemental n'oseront pas affronter les sbires recrutés par la divinité. Ils se tourneront vers l'Olympe!

Qui sera l'audacieux, le conséquent, qui osera contester le dogme de la décentralisation? Est-il déjà né, déjà installé, muet sur ses convictions intimes, mais pouvant se libérer grâce à l'évidence dévoilée à Sivens? 

À suivre!

Sceptique

*C'est une vraie énigme. Je n'ai pas eu vent d'un passage par le parlement. J'ai été tenté de l'entendre comme une inversion de la gravitation de l'eau, devenant capable de monter d'elle-même vers les hauteurs où elle est nécessaire. Mais ce serait un peu gros!

**"Ils" ne tiennent qu'à celui d'interdire. Celui de servir ne les intéresse pas. L'unité indépassable de la société est l'individu.