Permettre de supprimer la conscience et la douleur, dès lors que tout espoir de guérison est perdu, et que le mourant le demande expressément (quand il ne l'a pas demandé bien avant la phase terminale), est de nouveau en débat ces derniers jours. Il suscite la même "levée de boucliers", à peine atténuée quelques années depuis le précédent débat, malgré les changements radicaux de certaines sociétés autour de nous.

D'où viennent ces refus d'aller plus loin que ce que permet la Loi Léonetti, insuffisamment appliquée, elle-même? De politiques collant à leurs principes, craignant d'être mal classés, ou mis en doute. De médecins qui ne veulent pas ajouter cette fonction désignée par la société, à celle qu'ils ont librement choisie. Ils n'auraient pas à faire de nouvelles études pour accéder à la compétence. Il existe assez de soignants ayant décidé de leur propre chef d'aider leurs patients perdus à franchir ce passage, pour transmettre leur savoir-faire. Mais dans l'état actuel de la Loi, ils pourraient subir les foudres de la Justice. Surtout de celle qui est aux aguets.

François Hollande est, philosophiquement, en accord avec la prise en charge active de la fin de vie. Modifier la loi pour la rendre possible, a fait partie de ses promesses de campagne. Mais ses premières approches des professionnels concernés semblent l'avoir rendu prudent. Il est partie prenante d'une convention: "il n'est pas, il ne sera pas question d'euthanasie." Le mot est tabou.

J'ai plusieurs expériences personnelles d'anesthésie générale. Dès la première, pour une situation grave, ayant nécessité une intervention de plusieurs heures, j'ai compris à mon réveil que j'avais été "mort" pendant ces heures, et qu'il ne pouvait y avoir de différence avec la vraie. Le coma artificiel proposé, dit "sédation prolongée", n'est pas autre chose que ce que réalise l'anesthésie générale. Il n'y a donc pas lieu d'y voir une nouveauté, une révolution.

La seule différence avec l'euthanasie, c'est l'absence d'une substance mortelle, la durée, et la réversibilité possible. Mais cette dernière n'est pas prévue. "On" compte sur l'affaiblissement des défenses, l'arrêt de la nutrition, pour écourter de quelques jours ou quelques semaines, la survie dans ces conditions. C'est ce qui fait bondir les opposants. Faire mourir de faim, quelle horreur. Ils oublient que la faim est une sensation en état de conscience.

L'unique objection que je fais à ce projet, à part sa timidité, c'est que la demande écrite du patient engagerait le médecin auquel elle serait présentée. C'est inacceptable. La liberté de conscience doit être respectée, comme elle l'est déjà pour l'IVG.

Le seul fait qu'un médecin ne pourrait être poursuivi par quiconque, sur quelque argument que ce soit, libérerait des bonnes volontés, échaudées par les malheurs de confrères ayant agi selon leur conscience, mais sans la protection de la loi.

Dans le cadre des informations autour de ce projet de loi, la chaine TF1 a diffusé un reportage d'une journaliste ayant suivi, et filmé, en Suisse, le suicide assisté d'un malade incurable, déjà grabataire. Il ne pouvait se servir que de sa bouche, pour déclencher la perfusion mortelle. Un court moment de réflexion a précédé sa décision. Il est "parti" en dix minutes, dans son sommeil.

Cette "liberté" sera, j'espère, la dernière étape de notre "procrastination" en direction de ce réalisme. Pourquoi cette résistance...à la connaissance, aux limites du pouvoir de la médecine, à la dureté de cette loi de la Nature? Dont la déification ne semble pas associée à une plus grande foi!

Sceptique