Après le choc, le sang versé, des esprits anéantis, un retour sur la genèse des événements n'a rien de surprenant. Il est évident que nous avons une réflexion à faire sur l'existence sur notre territoire, au sein de notre nation, d'enfants d'immigrés musulmans qui rejettent le pays où ils sont nés, son peuple originaire, sa langue, sa culture. Pour autant, loin de choisir un retour au pays d'origine, ils entreprennent de faire la guerre à la terre qui les porte, au peuple qui les reconnait comme siens, d'attaquer ses symboles, les représentants de son État, de choisir de mourir au terme d'un combat sans issue.

Il se font les soldats d'un empire fictif, destiné, non seulement à reconstituer celui qui suivit la naissance de leur religion, progressivement défait en une dizaine de siècles, mais à le parachever par la conquête du monde qui n'a jamais été musulman, et la conversion forcée des impies qui les peuplent. C'est ainsi qu'ils conçoivent l'universalisme de l'islam.

Ils comblent de joie tous ceux qui ont forgé ce rêve, et profitent de la désintégration des états du Moyen-Orient, pour établir une théocratie cruelle, méprisante, misogyne, raciste. Ce sont ces gens qui leur bourrent le crâne, avec leur assentiment, qui leur apprennent le maniement de la Kalachnikov, et le goût de tuer.

Si  nous devons nous interroger sur ce qui peut paraitre notre échec, la mauvaise intégration, on peut dire générale, des communautés musulmanes en Europe, nous ne voyons pas ce que nous aurions pu faire de mieux, que ce qui a satisfait les migrants provenant d'autres cultures.

C'est pourquoi j'ai lu avec intérêt ce que Mr Mezri Haddad, philosophe tunisien, ancien ambassadeur, a proposé au Figaro de ce matin.

Surprise, cet homme à l'esprit manifestement libre, nous reproche....notre complaisance, notre acceptation d'en rabattre sur nos valeurs, pour faire de la place à cet islam d'importation, auto-satisfait, exigeant les égards dus à sa Vérité.

C'était conforme à l'évolution de la place de la religion dans la vie de nos sociétés, en fait, dans toute l'Europe. Une affaire privée, une liberté de conscience individualisée, une indépendance du pouvoir politique, un non-pouvoir des religions, même sur leurs adeptes.* Le temps où le pouvoir politique prêtait main-forte à sa religion officielle était complètement oublié, et même, impensable. En France, particulièrement, la conception de la laïcité sépare strictement la sphère privée de la sphère publique. Une religion ne confère aucun droit particulier. 

Nous avons une immigration musulmane importante, car nous avons colonisé, occupé, et organisé à notre façon des pays musulmans, en Afrique du Nord et en Afrique de l'Ouest. Nous avons appelé dans nos armées beaucoup d'hommes, et nous avons recruté beaucoup de travailleurs, pour reconstruire et pour faire tourner nos usines, après les deux guerres mondiales. Il a fallu construire des cités pour les loger, leur permettre d'être rejoints par leur famille. Nous avons pris en charge l'instruction de leurs enfants, mais nous ne sommes pas occupés de leur fournir des lieux de culte. Ce sont leurs pays d'origine, ou les pays musulmans riches du Golfe Persique, qui s'en sont chargés. Ce n'est que récemment que nous avons réalisé les inconvénients de cette dépendance de nos citoyens musulmans. Notre laïcité est un obstacle, réel ou invoqué, à la satisfaction de ces demandes. Nous sommes riches d'églises vides et inutilisées, mais nous nous interdisons tout soutien financier officiel à la construction de mosquées. 

Ce qui fait que le cordon ombilical qui relie les pays musulmans à leurs communautés émigrées, en France, pour ce qui nous concerne, n'est pas coupé. Il transporte les fonds, les principes, les vérités originaires.

Non seulement notre loi nous interdit d'exercer un contrôle de ce flux, mais aussi de mettre le moindre obstacle à la pratique de la religion, la liberté de conscience étant inscrite dans la loi de séparation des Églises et de l'État.

La perte d'influence de l'Église en France n'a aucun rapport avec notre Loi de 1905. C'est une évolution des esprits, parfois un doute sur les fondements, plus souvent des changements de priorité dans l'organisation de la vie. Les loisirs ont d'autres exigences.

À mon avis, l'évolution des musulmans vivant dans notre pays suivra le même chemin, en fonction de leur niveau de connaissances, et de leur niveau de vie. Leur permettant un habitat choisi, une vie culturelle choisie, des loisirs choisis. C'est l'enfermement dans les ghettos de fait qui les aigrit, les met à la merci de prédicateurs intégristes, et qui les prive du libre choix de leur vie.

C'est une affaire individuelle, une liberté virtuelle, un choix dont la difficulté ne peut être évaluée que par l'intéressé(e). La politique n'a pas le devoir de forcer qui que ce soit, mais celui de ne gêner personne. La situation économique et sociale qui asphyxie toute notre société, contribue à cette panne généralisée de "l'ascenseur social".

Notre société reçoit la participation de nombreux descendants d'immigrés musulmans, parfaitement intégrés socialement et professionnellement, ouverts au monde, vivant paisiblement leur religion, se sentant français sans doute ni réserve.

L'épiphénomène du terrorisme djihadiste n'a aucun avenir, sera tôt ou tard éliminé, jusque dans les marmites où il est mitonné. C'est une question de police, pas de politique, bien qu'il se prétende un instrument d'une autre politique.

Sceptique

*Des sociétés accueillant beaucoup de musulmans, comme l'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, se sont vu soumettre des exigences, logiques pour la religion musulmane, de valider la charia pour ces communautés, soustrayant ces citoyens à la Loi commune. Il y a eu parfois débat, une hésitation à refuser. Je crois pouvoir dire que le bon sens, le mieux disant, l'ont emporté. Les leaders de ces communautés n'ont pas obtenu ces droits exorbitants.