Nos sociétés, ordonnées, organisées, structurées, administrées, représentées, gouvernées, sécurisées, sont elles finies, foutues, bonnes à jeter, et surtout, prêtes à accueillir comme une nouvelle révélation, l'anarchie, enfin reconnue, et défendue, non par des constitutions et des lois, mais uniquement par la vigilance des hommes enfin libres, entièrement libres, complètement libres?

En Europe, tout a commencé avec le mouvement des indignés, lancé par l'original Stephane Hessel aux victimes de la crise de 2008, dont nous ne sommes pas tous, en Europe, également sortis. Passer brutalement de l'opulence et du quasi plein emploi au chômage et à la misère, sans pouvoir comprendre, vraiment, la raison de ce changement brutal, qui ne peut être imputé, ni à une guerre, ni à un cataclysme naturel, conduit à mettre en cause les responsables politiques, leur gestion de la société. Même si elle frappe un grand nombre de nations, gouvernées différemment, mais pour autant plongées dans les mêmes difficultés, chaque victime s'en prend à son gouvernement, lui demande des comptes. Et se met à écouter ceux qui dénoncent l'incurie des pouvoirs en place, et proposent la recette miracle pour revenir au "statu quo ante".

J'ai pu remarquer, en France, que le mouvement des indignés, récupérant une solide tradition, se préoccupait de désigner les indignes. Qu'est-il devenu? Sous ce nom, trop banal dans notre pays, on n'en parle plus.

En 2011, a éclaté en Tunisie la première révolte populaire contre la dictature prédatrice de Ben Ali, qui a été accueillie avec enthousiasme par les démocrates, en avance sur leur dirigeants, englués dans les divers contrats avec ces pays semblant condamnés aux régimes autoritaires, auto-désignés, assurant la stabilité. Comme une trainée de poudre, la révolte tunisienne s'est propagée à la Libye de Khadafi, à l'Égypte de Moubarak, à la Syrie de Bachar El Assad. 

Le bilan est mitigé. Le mouvement des jeunes a été confisqué par les vieux, défenseurs de la religion et de l'ordre social qu'elle définit. En deux étapes, un progrès certain s'est instauré en Tunisie. En Libye, la nation a éclaté en plusieurs entités reflétant les divisions tribales, qui s'entretuent grâce aux armes et aux munitions accumulées par le dictateur Khadafi, qui avait entrepris une répression assez féroce pour émouvoir les occidentaux. La France et la Grande Bretagne, avec le feu vert des États-Unis, se sont chargés d'appuyer par leurs moyens aériens les révoltés libyens, ce qui leur a permis de liquider le dictateur. Et de passer à la phase suivante, la guerre religieuse. Moins musulman que moi, tu meurs. 

En Égypte, la révolution a suivi les mêmes étapes, la confiscation par les Frères Musulmans, suivie par le jugement de Raminagrobis, l'institution militaire, première force structurée du pays depuis Nasser.

En Syrie, la révolte populaire a subi la répression du pouvoir dictatorial de Bachar El Assad, et s'est transformée en guerre civile, aggravée de religion, et sans issue visible pour le moment.

Quant à l'Irak, c'est depuis l'année 2003 que par la grâce de l'américain GeorgeW.Bush, il est mis à feu et à sang, éclaté entre ses entités ethniques et religieuses, sunnites, chi'ites, et Kurdes. Là aussi, moins musulman que moi, tu meurs. La question de sa viabilité, tel qu'il a été créé en 1919 ou 20, par les vainqueurs anglais, se pose sérieusement.

Il n'empêche, malgré ce piteux résultat, l'aspect anarchique du "printemps arabe" semble un modèle pour les indignés européens. Il est vrai qu'ils ne risquent pas la croisade des albigeois et la Sainte Inquisition! Ni les malheurs que connaissent les arabes sans dictateur...au singulier. Ils en ont au pluriel, et sans pitié!

Mais la qualité de Parfaits, attribuée aux hérétiques apparus dans le midi de la France au moyen-âge, plait bien à nos nouveaux censeurs de nos sociétés, dévoyées dans, et par, l'abondance, les plaisirs de la consommation, d'énergie, de produits exotiques, de voyages lointains, de vacances presque plus fréquentes que les périodes de travail. Il ne s'agit pas de remettre au boulot, non, non, ces pécheurs d'aujourd'hui, mais de les ramener au paradis perdu de la cueillette, de la vie pure et austère de nos ancêtres, dans leurs cabanes faites de leurs mains. Un élément de ce passé perdu n'est pas réhabilité, la chasse. Celle "à l'homme" est en débat, car il y en a trop qui sont pourris par des décennies d'orgies diverses. Il faudra bien, tôt ou tard, solutionner le problème, car non seulement la famine ne suffira pas, mais, dans un premier temps, elle rendra méchants et dangereux les affamés. Qui pourraient restaurer l'ancien système.  "manu militari"!

Nos nouveaux Parfaits n'ont pas commencé par l'Albigeois, mais ils s'y sont distingués et sanctifiés par un premier martyr, tué malencontreusement par la chute d'une grenade dans son capuchon. Ils ont mis sous surveillance l'ensemble du territoire, et, mobiles, sans bagages et frugaux, ils sont prêts à manoeuvrer pour prendre d'assaut tout chantier public ou privé qui leur serait désigné comme entrepris sans...leur permission. 

Quel peut être l'avenir de ce mouvement de "moi" qui veulent régenter le tout? Ils ont des parrains grisonnants qui peuvent exister enfin, grâce à eux. Mais on sent ces parrains prudents, évitant de les braquer, de leur laisser craindre une quelconque prise en mains, dont 'ils" n'ont pas les moyens, en fait. L'interrogation d'aujourd'hui est celle-ci:un tel mouvement peut-il prendre en charge une société complexe, ayant des besoins minimums de ravitaillement, de santé, de sécurité, sans se structurer, se hiérarchiser, identifier les compétences? Personne ne s'avance à répondre.

Quant à la République encore officielle, membre de l'Union Européenne et de l'ONU, on la sent perplexe, perdue, frileuse. Est elle légitime? La réponse revient comme un boulet, NON! Que représente-t-elle? Les indignes, tiens!

Qui seront fixés sous peu.

Sceptique

*Perplexe face au choix de la catégorie de ce billet, j'opte finalement pour "l'homme éternel", écartelé entre son individualité et son besoin d'ordre dans ses rapports avec les "autres", menaces permanentes. L'ennemi, quel qu'il soit, est indispensable à l'exercice de la liberté. La liberté dans le vide est concevable, mais ennuyeuse, la liberté contre l'autre est la solution.