Grand émoi à l'Élysée et à Matignon à la suite de la démarche de quatre parlementaires français auprès de Bachar El Assad, Président en exercice de la Syrie, et responsable de son camp, "légitimiste", dans la guerre civile (et, ou, religieuse), qui déchire ce pays composite.

Une guerre civile, c'est une vraie guerre, où chaque camp vise la destruction de l'autre. Généralement un camp peut se considérer plus légitime que l'autre, mais cette légitimité devra être confirmée par les armes.

Notre histoire en compte quelques unes. La première (dans ma mémoire) fut la répression de l'hérésie "albigeoise", qui bénéficiait de l'appui politique des languedociens.

La guerre de Cent ans en fut une, une partie de la France s'étant ralliée aux prétentions de la couronne d'Angleterre, tandis qu'une autre, longtemps plus faible, se regroupait autour du dauphin, futur Charles VII. On connait la suite, l'intervention de Jeanne d'Arc, ses actions militaires et symboliques, d'un poids décisif pour l'époque.

Ce fut ensuite notre guerre de religions, entre protestants et catholiques, féroce (la Saint Barthelemy), conclue par Henri IV, par l'Édit de Nantes.

Pour finir, la répression des révoltes royalistes, bretonne et vendéenne, par la Convention.

Et pour conclure, je ne suis pas sûr que nous n'en soyons plus capables. Il ne faut jurer de rien!

Si mes souvenirs sont bons, les anglais s'en sont toujours mêlés, prenant habituellement parti....pour le futur perdant. Étonnant, non?

Mais il y a une cohérence avec l'actualité. Nous avons un État fort....quels que soient les dirigeants du moment. Ils savent qu'ils peuvent compter sur LUI. Alors, ils n'aiment pas que des "gugusses", comme dit aimablement Sarkozy*, s'en mêlent**.

"Ils" ont eu tort du point de vue de l'État et de son équipage, mais sur le fond? Bachar Al Assad est à la tête d'une mosaïque de peuples et de religions, auparavant tenus par la Sublime Porte, mais, après la défaite d'icelle, entrainée par celle de l'Allemagne et de l'Empire Austro-Hongrois, ses alliés, en 1918. Le Moyen-Orient fut placé, par une Société des Nations complaisante, sous le contrôle des vainqueurs

Après la guerre suivante (1939-1945), le retrait des "mandataires", français pour la Syrie et le Liban, anglais pour l'Irak, les militaires règlèrent le sort des monarchies hachémites, installées en 1918. Hafez Al Assad fut le premier officier-dictateur de la Syrie, avec l'appui du parti BAAS, nationaliste ET laïc. 

Que ce soit en Irak ou en Syrie, les pouvoirs baassistes mirent "sous le boisseau" les conflits religieux latents. La première boite de Pandore fut l'Irak, "libéré" par George W.Bush. "On" connait la suite!

En Syrie, ce pouvoir s'est maintenu, le fils a succédé à son père, avec l'approbation du Parti. Confronté à sa "révolution arabe", il a choisi d'y résister et de la réprimer. "Elle" a glissé vers une guerre de religions, prise en mains par les sunnites, et progressivement accaparée par les islamistes radicaux. Malgré le soutien indéfectible de son allié russe, Bachar Al Assad a perdu le contrôle de plusieurs villes, de leur environnement, mais se maintient à Damas, et peut toujours compter sur son armée. Les divers fronts paraissent immobiles. Pour les témoins qui comptent les coups, aucune perspective acceptable ne se dessine. C'est Daech ou rien, Assad ou rien. La peste ou le choléra.

Quand on voit ce que fait Daech de sa force, de ses pouvoirs, il va de soi qu'on ne peut accepter sa victoire. L'Occident a déjà commencé à frapper l'état islamiste, pour l'affaiblir, le contenir, le punir de ses crimes odieux. "Nous" sommes contraints à le combattre jusqu'à son écrasement. 

Et après? On ne va pas recommencer à nommer des hommes méritants auxquels une mort violente est promise...si on ne les protège plus. S'interdire de répéter en Syrie ce qui a fait le malheur durable de l'Irak, nous amène fatalement à laisser Bachar Al Assad livrer le dernier asaut, à ne rien faire pour l'affaiblir.

Il faudra bien revenir au pragmatisme de De Gaulle qui disait ne reconnaitre que des États.

Sceptique

*Président, "il" a serré Bachar Al Assad sur son coeur, lui a fait l'honneur d'assister au défilé de 14 Juillet. Il ne se traitait pas de "gugusse"!

**La réaction du Président et du Premier Ministre est légitime, mais notre influence réelle dans cette région est très affaiblie. "Elle" ne peut pas être perturbée par ces démarches de parlementaires qui doutent de notre bon choix. Doutes que je partage, sans culpabilité.

 Note du 11 Mars 2015: Entendu, ce soir, sur LCI, un débat sur la situation de la Syrie, regroupant des représentants de l'opposition, es "experts". Pour tous, prendre en compte Bachar Al Assad était exclu. Un expert insistait sur le rôle de l'Iran qui pourrait être modifié par une négociation dircte avec ce pays.