Nous avons un Prix Nobel d'Économie, mais suppôt du Diable qui fait des ennuis à notre Président, et il ne faut pas troubler les consciences en le faisant connaitre aux électeurs "lambda", les roses et les bleus marine, unis dans la désapprobation. 

Nous avons heureusement un professeur d'économie beaucoup plus orthodoxe (dans la religion économique de base de la majorité), et même si ses idées sont mises sous le coude par les décideurs de Bercy, elles sont inscrites dans les moulins à prière des fidèles.

Ses "idées" se résument ainsi: ayant constaté que dans le contexte de la crise qui nous fait encore bien souffrir, la valeur des unités de capital, les actions, continuent de se valoriser, notre professeur en a conclu que le capital devait être imposé pour lui-même, et non seulement sur son rapport, le dividende.

Cet impôt existe déjà. C'est l'I.S.F., les portefeuilles d'actions entrant dans son calcul. Mais pour être concerné, il faut en détenir beaucoup.

Le dividende d'une action est l'équivalent de l'intérêt de l'épargne, mais il est basé sur la dynamique de l'entreprise qu'il représente. Chez les décideurs, le coeur et la raison débattent de l'opportunité d'une fiscalité simplement "punitive". Car la possession des titres des entreprises par les épargnants français a un avantage sur leur appartenance à des fonds d'investissements anonymes, dépourvus de considération pour les humains qui y travaillent. En fonction des besoins des souscripteurs, les titres passent de mains en mains. Jusqu'au jour où ils sont considérés comme "jetables". Les liquidités sont transférées, les usines sont abandonnées. Elles n'ont même plus de "valeur comptable".

Bien sûr, il y a des solutions radicales, préconisées par les yakas "durs": la confiscation sans indemnité. Mais à l'international, ça fait mauvais genre. La perte de confiance est contagieuse. Il y a toujours, dans les coulisses des gouvernements, des gens qui mettent en garde contre les excès de zèle.

Quand un paquet de titres est vendu sur le marché, il fait, dans les cas souhaitables, une plus value au profit du vendeur. Il y a longtemps qu'elle n'est plus oubliée, et la taxation est proportionnelle au montant de la plus value, et inversement, mais pas jusqu'à zéro, à la durée de la possession.Toujours cette satanée confiance à ménager!

L'innovation de Thomas Piketty est que la revente de l'action n'est plus la condition nécessaire au calcul d'une taxe sur la plus value. La valeur cotée en bourse, en hausse, justifie une taxation. Ça me parait compliqué, mais les ordinateurs bien programmés font des merveilles. Et le résultat supputé vaudrait le coup. En France, en Grèce, ce serait bien vu, c'est sûr!

La résistance vient des marchés et de ceux qui en profitent. La "fenêtre de tir" est étroite. Les étourneaux déguerpissent au premier coup de fusil. Les quelques cadavres qui joncheront la corbeille seront dissuasifs.

Si cette idée fait jubiler les aristocrates et les roturiers anticapitalistes, les responsables pragmatiques de l'économie froncent les sourcils.  L'économie est réellement mondialisée, le "marché" l'est aussi, et ce genre de menaces est pris au sérieux. On ne joue pas avec la confiance (ter).

Aux États-Unis, où les petits jeunots, à condition d'être compétents, peuvent avoir le verbe haut, c'est d'un étudiant du MITT, âgé de 26 ans, qu'est venue une critique argumentée de la solution de Thomas Piketty, une taxation mondiale du capital permettant de niveler le socle du capitalisme, le capital offert à l'investissement. Je n'ai pas d'informations sur la répartition et l'usage des produits de la taxe.

Je ne déclarerai pas le nom du vainqueur, l'économiste "chevronné", ou le jeune empêcheur de penser en rond. Je m'étonnais, simplement, de la passivité des milieux économiques face à ces propositions. Faut-il qu'ils doutent de leur savoir-faire, qu'ils oublient l'échec habituel des théories économiques! La crise sévit encore dans les esprits.

Sceptique