J'ai participé récemment à un débat sur la liberté d'expression, interrogée en raison de sa conséquence dramatique, l'assassinat des journalistes de Charlie Hebdo, les cavales sanglantes des frères Kouachi et de leur comparse Coulibaly. 

La réaction de l'opinion et des politiques a été, en majorité, de défendre la liberté d'expression, gravement atteinte par ces actes. Mais une partie de la population, la frange la plus jeune des immigrés musulmans, a réagi autrement, condamnant les caricatures ciblant l'islam de Charlie Hebdo, et estimant qu'il s'agissait d'un châtiment légitime. La fracture révélée par cette réaction faisant scandale, l'opinion majoritaire l'a repoussée.

L'auteur de la question proposée à la discussion oppose deux façons de définir la liberté d'expression, la première, générale, porte sur le contenu, sans limites. Il définit la seconde comme la liberté de ton. Qui renvoie aux passions de l'usager de la liberté d'expression, à ce qu'il veut faire passer de son sentiment.

Cette division est une commodité, descriptive. Elle n'est pas indispensable. Le mot "expression" recouvre le contenu et la manière de l'exprimer. Mais il est vrai que le sens habituel de la liberté d'expression concerne le contenu (toute vérité doit être dite), tandis que la liberté de ton implique un jugement de ce qui est exprimé, ou de celui qui va l'entendre. Ainsi les caricatures de Charlie Hebdo expriment le jugement (visible) des fondements de la religion musulmane, propre aux auteurs. Moqueur, sarcastique.

Comme la vérité des "Charlie hebdo" se disait en images, d'autres peuvent utiliser le même support. Ces jours-ci, il est question dans la presse des problèmes posés par des collégiennes musulmanes du département des Ardennes, qui se sont présentées à leur établissement en jupe longue, noire, et étroite. Un vêtement sévère, impropre à la séduction, exprimant au contraire qu'il n'en sera pas question. Le petit groupe était mené par une adolescente qui arrivait voilée au voisinage du collège, et enlevait son voile avant d'y entrer. Cette action de groupe n'a pas échappé à la directrice du collège, et son sens de provocation, non plus. 

Bien que la jupe longue ne figure pas explicitement dans l'énumération des signes d'appartenance religieuse annexée à la loi Fillon, la directrice, soutenue par l'Académie, a interdit de cours, puis, du fait de l'insistance des demoiselles, d'accès dans l'établissement, des trois jeunes filles, ainsi accoutrées.

Car elle estime qu'il s'agit d'un signe d'appartenance religieuse, et que la loi peut être invoquée dans ce cas.

L'incident est maintenant dans les médias, sur la place publique. Peu de voix minimisent la signification du comportement, hésitent à croire à un "donné à voir" des convictions religieuses.

La majorité des témoins, des parties prenantes, prennent au mot le message des trois jeunes filles, et y répondent en invoquant la loi. Pas de retour au collège sans abandon de cette provocation vestimentaire.

Leur passage à l'acte se situe, il me semble, dans la "liberté de ton", dans la "manière de dire", leur vérité, "nous ne sommes pas comme les autres, nous ne voulons pas être confondues avec elles".

Sceptique