Ils y croient, ils s'attèlent à la tâche, mais elle leur échappe. Pour ce faire, ils s'engagent dans des guerres, des conquêtes, des révolutions, avec la conviction que leur oeuvre sera éternelle, définitive.

Si dans la plus grande partie du monde, les frontières, les organisations politiques, la langue, la religion, ou l'idéologie majoritaire semblent durables à l'aune d'une vie humaine, d'importantes régions sont affectées par une grande instabilité, un inachèvement évident, des oppositions internes, un échec probable à terme.

Dans un autre ordre d'idées, mettant cependant en jeu la volonté humaine, la constatation d'un réchauffement climatique, son attribution à l'activité d'une humanité développée sans limites, grâce à sa maitrise globale de la production de nourriture et d'énergie, a abouti à une autre idéologie, celle d'inverser cette évolution, de créer de toutes pièces une nouvelle civilisation allant à contre-courant de toutes les précédentes, porteuses d'une expansion "naturelle". Nous avons sous nos yeux, pour combien de temps, un projet de civilisation régressive, invitant les hommes à renoncer à toutes les conquêtes qui ont fait sa spécificité: la maitrise de l'énergie, celle des productions de base des nourritures végétales (agriculture) et animales (élevage), l'accumulation et le partage du savoir, la connaissance de la nature par la science, la défense de l'homme contre les attaques aveugles de la dite nature, fondée sur la science.

Le noyau dur de ce projet, c'est de rétablir l'équilibre naturel entre l'homme et la nature, perdu depuis des millénaires. Déséquilibre intégré par les hommes eux-mêmes, surpris par leur succès, au point de l'avoir attribué à des dieux créateurs, concepteurs d'un monde fait pour les hommes.

Rien ne le prouve, et la réussite humaine serait une erreur de la nature, si ce dernier concept comprenait une intentionalité. Rien, non plus, ne permet de le penser. Simplement, comme l'a remarqué Jacques Monod, la compétition entre les espèces vivantes a fait pression en faveur des perfectionnements avantageux. Notre espèce a atteint des performances adaptatives qu'on imagine mal pouvoir être dépassées.

Il nous appartient de donner un répit aux espèces concurrentes, de réduire notre "empreinte écologique". Mais est-ce possible dans un monde humain encore dans l'inégalité, réelle ou imaginaire, et donc, dans la compétition?

Quand je teste mon propre engagement dans cette grande affaire, je ne peux pas fanfaronner. Dans l'instant même, je tape ces lettres, ces mots, et ces phrases, sur mon clavier d'ordinateur, et je participe aux dix pour cent de consommation d'électricité, causés par cette invention humaine. Si je me sens malade, je ne me laisse pas mourir pour débarrasser la planète de ma présence, et de ma production de CO2. Je me soigne, envers et contre ma nature mortelle. Je mange à ma faim. Je ne voyage plus, car la fatigue surclasse le plaisir. Mais l'hiver, je ne me contente pas de ma chaleur naturelle. Ma vie à la campagne rend indispensable une voiture. Je ne suis donc pas meilleur que les autres, je ne l'ai jamais prétendu.

Je doute, aussi, ou surtout, de ceux, qui, à l'intérieur de nos frontières, ou, à l'extérieur, n'auraient pas de scrupules à profiter de la position de faiblesse que notre peuple aurait adoptée délibérément. Je ne peux que constater que cette posture expose plus sûrement à une compétition encore plus brutale. Si nous ne voulons plus de nos terres, de nos maisons, de nos machines, d'autres viendront nous y remplacer, même sous nos invectives.

L'orgueil que manifestent les magiciens et magiciennes qui prétendent nous faire faire une marche arrière d'un siècle ou plus, me stupéfie. Moins les français croient en ce danger, faute de son expression concrète, mais aussi pour l'austérité qu'il implique, plus ceux qui font commerce de cette peur imaginent des moyens de passer en force. Il y a une vraie fracture entre le peuple et ses guides sur cette question.

D'autant plus que la vraie histoire, qui se fait au jour le jour, qui fait vivre nos journaux et nos chaines de télévision, n'est pas en "stand by". Le chômage qui monte, qui monte, malgré les satisfecits de nos gouvernants, le terrorisme qui fait des adeptes, dont une bonne part se fait heureusement repérer, les provocations du Maitre de la Bonne Russie, qui rêve de voir ses chars sur nos Champs Élysées, sont des échantillons de l'histoire en marche depuis...longtemps, qu'on ne connait qu'au passé.

Il semblerait que ces coups de menton, que ces péroraisons, que ces prophéties, ne reflètent que le désir de leurs auteurs de figurer dans l'histoire, celle qu'apprendront nos descendants.

Sceptique