Tous les français, sûrement, ont entendu l'histoire de cette agnelle, fille d'une autre, dont le génome avait été augmenté d'un gène de méduse, afin de produire une fluorescence de ses tissus. Devenue inutile, ce genre de recherche donnant des boutons à celle que nous avons de meilleure au Ministère de l'Environnement, la réforme de l'animal s'imposait. Mais au lieu de prendre gentiment sa retraite au Petit Trianon, la malheureuse s'est retrouvée à l'abattoir, et, de là, dans un certain nombre d'estomacs humains.

Ce n'est pas en raison d'une épidémie de fluorescences mystérieuses chez les clients d'un boucher, que l'affaire a été révélée. C'est en se demandant ce que cette brebis était devenue, que sa traçabilité a conduit à l'abattoir.

Grand émoi dans le corps de garde de la vertu alimentaire! Que vont penser les malheureux qui ont mangé des côtelettes ou un gigot ces dernières semaines, contenant la "semaine de l'erreur"*? Vont-ils, affolés, se déshabiller dans le noir, pour vérifier qu'ils sont toujours invisibles?

Apparemment, personne ne s'en est soucié. Les français seraient-ils moins phobiques des OGM qu'il était souhaité? Encore un échec du bourrage de crânes? L'éducation nationale ne serait donc plus seule? Telles sont les graves questions que permet de soulever l'article du  "Monde"**.

En fait, les espoirs de fortunes, fondés sur les premiers clonages d'animaux, se sont révélés vains dès le début. Seule la recherche scientifique peut encore trouver un intérêt à ces manipulations du génome. Ce qu'il en sort reste secret, car l'ordre public est en jeu.

On peut s'attendre à ce que cette méthode de recherche, à cause de ses risques connexes, soit désormais interdite, en vertu du principe de précaution. Soixante Quinze millions de français fluorescents constituent une perspective inacceptable.

Sceptique

*Le titre du beau roman de Tahar Benjelloun, "La nuit de l'erreur", m'a inspiré.

**page 9, Planète (elle a de quoi trembler!), du numéro daté du Jeudi 25 Juin 2015.