Quand on voit avec quel mal un club de foot-ball obtient une équipe qui gagne plus souvent qu'elle perd, on a le droit d'être perplexe en constatant qu'une nation de quelques millions de citoyens, n'est pas forcément en état d'anarchie ou de guerre civile. S'abstenir, cependant, d'entrer dans les détails, de lire ses journaux, d'écouter les débats de ses assemblées, d'assister à un meeting d'un parti.

Les travaux expérimentaux en psychologie des groupes, éliminant les artefacts comme les liens familiaux, amicaux, ou hiérarchiques, montrent que dès cinq individus des deux sexes, une entente, et la cohésion qu'on peut en attendre, sont très difficiles.  

Les sociétés modernes ne se posent plus tellement la question de l'étrangeté de leur existence. Elle leur semble solide, sinon silencieuse et euphorique. À condition de ne pas se mirer dans un miroir grossissant, ou de se regarder d'une certaine hauteur. Car, de trop près, elle ressemble alors à une meute de chiens enragés, ou à un troupeau de taureaux furieux.

Force est d'en déduire que des forces invisibles font tenir ensemble les hommes, même si aucun d'eux ne se prive de les éprouver, d'approcher le plus près possible de leur point de rupture.

Il serait normal que le niveau de ce point de rupture s'affaiblisse en proportion du nombre de participants. Ces derniers forment des partis, des associations, des syndicats, spécifiant tout ce qui les sépare des "autres". Le phénomène de la victimisation est général. Toute société est organisée entre persécuteurs et persécutés, selon qu'ils ont trouvé, ou non, un chaise pour s'asseoir. Les assis persécutent les debout, et sont persécutés par les mêmes, qui réclament leur siège.

Dès qu'on s'éloigne, l'impression d'harmonie, de paix civile, se restaure. Mais ce n'est toujours que pour un temps, surtout à notre époque, qui voit surgir des crises économiques partielles, touchant une activité quelconque, ou des immigrations massives, en provenance de régions "infernales", que leurs occupants fuient.

D'aucuns ne cachent pas leur hostilité, et prêtent même à ces malheureux, hélas pris en mains et intrumentalisés, le projet de prendre leur place, de les chasser et les spolier à leur tour. De plus, malgré leur malheur ils tiennent à conserver des valeurs et des règles sociales totalement périmées en Europe.

Les responsables des sociétés accueillantes s'efforcent de prévenir les conflits potentiels créés par le nombre et les différences des nouveaux arrivants. Prévenir et contenir l'hostilité des accueillants, prévenir et contenir les réactions inappropriées des accueillis.

Ainsi, au Québec, réceptacle nord-américain de notre mauvaise humeur légendaire, les politiques préparent un renforcement des règles sociales, tentant de contenir, d'un côté, les manifestations d'hostilité à l'encontre des immigrés, pouvant prendre une dimension haineuse, raciste, ou fanatique religieuse, et faire valoir aux accueillis l'incompatibilité de leurs grands principes avec les libertés et les protections individuelles dont jouissent les citoyens québécois des deux sexes et de tous âges.

Comme en France, le renforcement de la sécurité, demandé par le peuple à la suite des graves attentats et assassinats de Janvier 2015, a soulevé des objections des défenseurs des libertés, sans distinction d'usage. Le projet de loi québécois (le "59") est accusé par un avocat puriste d'amputer les droits de la personne. Dont une partie est, pourtant, toujours "auto-proclamée", outrepassant les codes en vigueur.

Il y a de bonnes chances que la raison l'emporte sur les grands principes. Malgré des différences de fréquence et de gravité, le Québec est confronté aux dérives du salafisme, pour le moment sous la forme de radicalisations et de départs pour combattre en Syrie. Ils abritent des imams qui abusent de l'hospitalité du pays d'accueil pour souffler la haine des hôtes et le mépris de leurs libertés.

Prévenus par ce qui se passe ailleurs, les québécois préfèrent monter la garde.

Sceptique (source: La Presse, Montréal)