L'homme est un tueur. Le Livre de la Genèse place un crime, un fratricide, à la deuxième* page de l'histoire de la créature qui clot l'oeuvre divine. Depuis, les crimes de l'homme n'ont jamais cessé, ils ont même atteint des niveaux en quantité de victimes rendant nécessaires des mots nouveaux. "Massacres" ne correspondant plus qu'à des faits divers, les termes de génocide, d'holocauste, permettent de qualifier des meurtres en masse, commandés et planifiés par des états, aux fins d'éliminer un peuple entier.

Les crimes ordinaires, oeuvres d'individus, ou de petits groupes, concluant un litige, une mauvaise rencontre, la nécessité du silence de la, ou des victimes, sont pluri-quotidiens, à l'échelle d'une terre qui vit maintenant, tout, "en temps réel". 

Les informations, de la radio (encore), de la télévision (toujours) nous servent, ou nous re-servent les crimes de la demi-journée. Ils font partie du menu. Ils ne coupent pas l'appétit. Au contraire, ils nourrissent les méditations, et les conversations qui suivent. "On" juge le crime, les criminels. Les meilleures précautions de langage sont vaines.

Un autre effet de la médiatisation en temps réel de tous les faits criminels, qu'ils soient passionnels, fous, crapuleux, ou terroristes, est que nos élus de tous niveaux sont parmi les premiers avertis, et qu'ils se pensent obligés d'entrer dans le discours dès son premier niveau, à chaud, et émotionnel.

Je pense, qu'au contraire, ils devraient s'imposer une réserve, surtout, ne pas porter de jugement hâtif sur le crime et son auteur, surtout s'il n'est pas "présumé".

Ainsi, à propos de la tuerie de Roye (Somme), le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, a qualifié le crime d'abject. Ce qualificatif me semble plus approprié à l'auteur du crime, à la particularité de ses intentions, viles, immorales, asociales, qu'au crime lui-même. Les circonstances, l'environnement de la tuerie, l'ivresse de l'auteur, l'extension aux forces de l'ordre, qui ont eu une victime, tuée, et un blessé, orientent vers une perte totale de l'entendement, une décharge incontrôlable de la violence, une rage de tuer tout ce qui passe dans le champ visuel. Pour quatre tués, le nombre de coups de fusil tirés s'élève à quelques dizaines. On est dans le registre de la folie furieuse, d'une ivresse pathologique noyant la raison.

En employant ce mot, qu'il en connaisse le sens exact ou non, le Ministre de l'Intérieur se met à la place du procureur ou de l'expert psychiatre.

Les hommes politiques français se sentent souvent obligés de s'exprimer ainsi, "d'en rajouter". Ça ne semble pas nuire à leur carrière.  Bast!

Sceptique

*Je n'ai pas vérifié. Ce n'est pas dans la première, en tout cas. Je précise que ne ne tiens ces textes sacrés que comme des "mythes fondateurs", qui englobent les réflexions que les hommes font sur eux-mêmes.