Une étrange alliance serait en train de se nouer. Celle d'un gouvernement obsédé par sa perte de popularité et la fuite de ses chances de la retrouver, et de sauver sa mise en 2017, et un groupuscule féministe, obsédé par les particularités du corps de ses membres. 

Ce groupe, à coup sûr, composé de femmes, dénonce comme l'équivalent d'un viol, la pratique d'une médecine moderne, affranchie de la pudibonderie, et qui enseigne à ses futurs praticiens un geste, sûrement peu agréable, le toucher vaginal. Qui permet de constater la consistance du col de l'utérus, et de déceler des anomalies dans la cavité pelvienne. 

Certes, l'enseignement de cette pratique, faisant répéter le geste par plusieurs étudiants ou étudiantes, successivement, l'enseignant rappelant ce que les élèves-médecins doivent percevoir, est, "a priori", désagréable. Je suppose que les enseignants d'aujourd'hui doivent préparer les patientes, leur faire valoir la nécessité de cette exploration, obtenir leur consentement, par la persuasion.

Même si, de nos jours, peu de généralistes prennent le temps d'examiner leurs patientes, leur déshabillage et leur rhabillage prenant trop de temps, l'obligation de moyens fait partie des devoirs du médecin, donc, de sa formation. Que les femmes vivant dans un pays développé, aujourd'hui, confient leurs affaires de femmes au gynécologue, ne retire pas au généraliste le devoir de savoir. Savoir pratiquer le geste, en retirer l'information indispensable. Il y a des situations urgentes.

Il n'appartient pas à la puissance publique d'intervenir sur la nécessité, ou non, en dehors de tout abus, d'un examen clinique approprié à la plainte présentée. Si elle s'en mêlait, par démagogie, pour grapiller une voix, par ci, par là, elle accompagnerait l'obscurantisme en marche.

Le devoir d'examiner les malades n'est pas si ancien. La clinique médicale n'a pris son essor qu'au 19ème siècle. La formation des médecins a, longtemps, été très sommaire, et pudibonde. Un perfectionnisme a accompagné le développement des connaissances.

On ne peut empêcher quiconque de penser n'importe quoi, de le dire, d'en revendiquer la prise en compte. Mais cette liberté doit s'arrêter où commence celle de praticiens responsables devant la société de la prise en charge de personnes souffrantes.

L'article du "Monde" qui signale ce débat, confirme que la plupart des médecins, en l'occurrence, en majorité gynécologues, informent leurs patientes de ce qu'ils vont pratiquer. Et si elles refusent? L'article ne fait pas état de ces possibles refus et de leurs conséquences. J'imagine que les médecins consultés, non sans raison, se font persuasifs, en mettant leurs patientes face à leur responsabilité.

Le problème aurait pris un développement invitant à trouver un substitut aux corps réels. Les mannequins se généralisent. Crient-ils s'ils sont programmés pour une affection douloureuse? Un tel perfectionnement n'est pas signalé.

Si la formation médicale d'aujourd'hui a cédé face à cette pression obscurantiste, on ne peut en attendre qu'un désastre. Certes, le monopole hospitalier qui caractérise la hiérarchie de la médecine d'aujourd'hui, a l'avantage de diluer et même, masquer, la responsabilté des médecins. Il est vrai aussi, que l'imagerie médicale actuelle permet des diagnostics sans examen ou presque. Ce dernier ne servirait plus qu'au choix de la zone à explorer par le scanner ou l'IRM!

En route vers le robot-médecin? Quel soulagement pour la comptabilité publique!

Sceptique

Source: "Le Monde", daté du 29 0ctobre, p.11