Ce saoudien, disposant aussi de la nationalité canadienne, a été emprisonné par le royaume saoudien, pour ses écrits "offensants" pour la religion musulmane, que l'Arabie Saoudite défend dans sa forme la plus rigoureuse.

À la peine de dix ans de prison, ses juges ont ajouté mille coups de fouet, par séances de cinquante. Il a subi les cinquante premiers. Il n'en a pas subi d'autres depuis, mais les subordonnés du Roi affirment qu'elles auront lieu, qu'elles ne sont pas remises. La menace persiste.

Les protestations des diverses ONG spécialisées dans la défense des journalistes, ou des intellectuels prenant le risque de s'exprimer, jouent-elles un rôle dans l'amélioration du traitement de ces prisonniers d'opinion, politique ou religieuse?

Bien que les soutenant, je n'y ai jamais trop cru. Les effets de leurs protestations, de leurs suppliques, passent plus sûrement pas le relais des chefs d'État alliés, ou partageant des intérêts importants. 

Si celui des occidentaux est de ne pas fâcher leur principal fournisseur de pétrole, celui-ci a besoin de leur protection, car il est environné d'ennemis, jaloux, ou de confession opposée (chi'ites). La force militaire des occidentaux contient celle de tous ses ennemis. Elle contient aussi, indirectement, le prix du baril du précieux liquide.

Les chefs politiques des occidentaux partagent l'émotion de leurs peuples, à propos de ces chatiments d'un autre âge, devenus inimaginables dans nos pays démocratiques, garantissant la liberté d'expression et de tous les cultes. Ils ne manquent certainement pas, par égard pour leur opinion, dont ils dépendent, de faire pression sur le monarque, en lui faisant valoir l'altération de son image en cas d'exécution de ces condamnations. Et "LUI-MÊME" doit en être bien conscient. Ce n'est pas par soumission, mais par intérêt bien compris, qu'il fait suspendre les supplices, dès lors qu'ils concernent des hommes renommés, protégés par l'opinion occidentale.

En même temps, il ne faut pas qu'il soit humilié, qu'il perde la figure, ou son autorité, et, pour cela, le silence doit être total.

La scène doit être bien jouée. Au choeur de proclamer la honte, l'injustice, la cruauté, du châtiment annoncé. Un début d'exécution témoigne de l'autorité de la religion, de la soumission à ses prescriptions du chef politique et de ses juges. Puis, sans que rien ne soit dit, la suite du châtiment se fait attendre, des rumeurs sont lâchées annonçant une "probable" reprise, et le temps passe. 

Ce qu'attendent les vrais décideurs, c'est que l'émotion se résorbe, que les médias oublient, passent à autre chose. L'affaire étant sérieuse pour toutes les parties, il faudra du temps, des nerfs solides, et un long silence médiatique. 

Enfin,j'imagine, le souverain, à l'occasion d'une fête, d'un événement heureux pour Lui, fait sortir le mécréant de la prison, et le chasse du pays.

D'un côté, qu'on l'approuve, ou non, la religion sert à la stabilité politique et sociale, de l'autre, la liberté et les droits de l'homme, sont placées au dessus des exigences des religions, et les chefs politiques sont sous le contrôle de leur opinion. Leurs pensées et leurs actions sont sous contrainte.

Cette hypocrisie institutionnelle n'a rien de glorieux, mais "on" ne lui demande pas autre chose que d'être efficace. Discrètement.

Sceptique