Je ne peux donner complètement tort à ces hommes qui assiègent l'Angleterre depuis la base de Calais, où s'ouvre l'objet de leur désir, le tunnel sous la Manche. S'il n'existait pas, ce tunnel, que doivent maudire et s'en mordre les doigts, les anglais, les assiégeants se répartiraient le long des côtes de la Manche, et auraient beaucoup moins d'espoirs. Il y aurait, sans doute aussi, bien plus de drames humains. La mer est encore plus meurtrière que les trains.

Oui, je ne peux leur donner tort, car la grande-Bretagne est un pays charmant, où il fait bon vivre, au milieu de gens indifférents, mais pas grognons, encore moins, haineux. Tant qu'il n'est pas au volant d'une voiture continentale, n'importe quel humain s'y sent bien. Mon petit-fils, qui n'a pu trouver en France une entreprise intéressée par ses compétences, a fini par s'y exiler, avec succès.

Il est difficile, de nos jours, de distinguer radicalement le tourisme et la migration, car le migrant est aussi bien renseigné, sinon mieux, que le touriste, sur les offres de logement et de services du pays dont il a fait le choix.

Les envahisseurs de Calais n'ont aucun intérêt pour cette ville et ses environs. Ils ne sont là que pour saisir l'occasion de se faufiler dans un camion ou un shuttle franchissant la Manche par en dessous, mais au sec. Un transfert par un bâteau de pêche est aussi, possible, mais moins facile. Les marins sont susceptibles.

Et, grâce à la phobie des anglais pour toutes les entraves à la liberté, comme une carte d'identité qu'on doit pouvoir présenter à un Bobby, une fois qu'on a mis le pied sur le territoire britannique, en courant vite, on est rapidement hors d'atteinte. 

Les anglais gromellent contre cette invasion, mais le prix symbolique à payer pour l'arrêter leur est insupportable (ce n'est pas nous qui nous arrêterions sur cette broutille). Ils préfèrent donc nous faire de gros chèques en Livres sterling pour que nous montions la garde de notre côté.

Dans l'état actuel du monde, dans celui, permanent, du cerveau humain*, je ne vois aucune solution "humaine" au problème. 

Sceptique

*Siège commun de l'intelligence et de la bêtise.

Note additionnelle: Le "Monde" publié hier après-midi, daté du 12 Novembre, décrit des migrants "exaspérés"...par notre résistance. Appuyés par des missionnaires très spéciaux, "ils" en arrivent à considérer les calaisiens comme les vrais intrus, et les forces de police non fondées à les empêcher. François Fillon, interrogé par Jean-Jacques Bourdin, voit comme solution d'insister auprès des assiégeants pour qu'ils renoncent et demandent à être réfugiés en France. Et pour les réfractaires, de les faire quitter la "Jungle" et de les placer dans des centres de rétention. L'ordre public serait à ce prix. Il est sûr que la situation actuelle ne peut s'éterniser.