C'est le sondage du jour de la Lettre du Point. La question est: "Donald Trump (un candidat républicain à la présidence des États-Unis) est-il l'équivalent de Marine Le Pen ?"

La question n'est pas respectueuse. Elle est une attaque à la personne. Mais en regardant chacune des deux personnes comme "symptômes" des deux nations en crise, il est permis d'y réfléchir.

Je commence par notre pays, car je sais quelles souffrances je ressens au titre de citoyen français. Un sentiment de blocage de notre vie économique et sociale, comme conséquence évidente de la panne idéique du gouvernement actuel et de sa majorité dans ces domaines. Une fixation, un cramponnement à des théories du 19ème siècle, et une contamination par une idéologie nouvelle, post-moderne, un écologisme offensif, rétrograde, condamnant radicalement les révolutions industrielles et scientifiques. 

Ce qui aboutit à une panne, résultant de l'opposition frontale de forces contraires. La première met ses espoirs dans un retour de la croissance, la seconde dans son abandon, et l'aménagement d'une régression voulue. Jusqu'à présent, les régressions répertoriées par l'histoire ont été subies, et mortifères. La nouveauté de la nouvelle serait d'être désirable et promesse d'un bonheur, dont la définition serait retirée aux sujets pour être transférée au pouvoir.

La panne de la politique a pour conséquence la libération des initiatives individuelles ou collectives se substituant à un pouvoir librement choisi par une majorité composite, mais immédiatement contesté par l'opposition et des fractions de la majorité, finalement frustrées par le partage.

Je pense que cette mode de la contestation immédiate et partielle du gouvernement légitime favorise les réactions autoritaristes, les nostalgies d'une société plus structurée et franchement gouvernée. Le nationalisme autoritariste du Front National, tel qu'il se présente sous les traits de Marine Le Pen, plus séduisant qu'à sa fondation par le père, rassemble, du fait même de sa virginité gouvernementale, un grand nombre de mécontents. Qui veulent une satisfaction de leurs demandes portant sur le présent, la sécurité, la préférence nationale, le retour à un passé glorifié.

Les cartes du chômage de masse et endémique recouvrent exactement celles où la poussée du FN est spectaculaire. Les responsables sont clairement ceux qui refusent de prendre en compte les causes structurelles du sous emploi, qui ne défendent que ceux qui ont un emploi sûr, protégé par un statut. Je n'oublie pas celui qui, bien que lucide, n'a pas encore, ou si timidement, osé bousculer nos "néo-conservateurs".

Franchissons l'Atlantique pour voir de plus près le bouffon Donald Trump, qui brouille l'image des autres candidats. Nous n'en avons pas l'équivalent. Et les États-Unis ne souffrent plus du chômage causé par la crise de 2008. Les américains se sont remis au travail, avec les encouragements de leur Président. Qui a agi au profit de la confiance.

L'opposition, aux États-Unis, est actuellement le Parti Conservateur, qui défend, ou croit défendre, les intérêts des plus fortunés, au point d'attaquer ce qui a fait la vraie fortune de ce pays, l'ouverture à tous les hommes cherchant la liberté sous tous ses aspects, aux conditions étasuniennes. Le Parti Conservateur n'a aucune ressemblance, par sa composition, avec notre Front national.

Sceptique

 P.S. du 9/12/2015: Pour le Point, cette comparaison n'est pas une question mais une affirmation non discutable. Un résumé de mon analyse a été censuré!