La passion est toujours ambivalente. Elle fait aimer ceux qui partagent la même, haïr ceux qui sont à son opposé. 

Je n'ai pas beaucoup de raisons de me sentir proche de Christiane Taubira, puisque je n'ai pas le même jugement qu'elle sur les questions qui ont été de sa compétence de Garde des Sceaux. 

Mais sa Guyane natale tient une place importante dans ma vie. Les malheurs de cette colonie devenue D.O.M. m'ont toujours fasciné, et je suis allé vivre deux ans sur place pour me confronter à sa réalité.

Mon diagnostic a été formel. Dans le bras de fer qui oppose la nature et l'homme, dans ce pays équatorial, c'est la nature qui gagne. L'échec de l'homme, quelle que soit sa couleur ou son ancienneté, ne le met pas en cause. Il subit.

Ça n'arrange pas son caractère. Tous ne sont pas aigris, certains prennent bien la vie, sans grandes perspectives. Elle s'est sûrement améliorée depuis l'implantation du Centre Spatial, qui place des satellites pour le compte de divers clients. Christiane Taubira ne fait pas partie de la génération qui a bénéficié des retombées du centre spatial. Elle fait partie des descendants des esclaves, acquis par les quelques planteurs qui s'y sont ruinés. Elle est structurée par la rancune envers ceux qui les ont installés sur cette terre ingrate, malgré les apparences. Sa réussite à l'école* lui a permis de s'échapper de la condition ordinaire, de ne plus y être obligée.

Mais elle est attachée à son peuple, solidaire de son histoire et de son présent. Sa notoriété en fait un défenseur naturel. La Guyane est son port d'attache.

Mon séjour m'a fait rencontrer l'indépendantisme. Dont la vanité m'a sauté aux yeux, la dépendance multiforme de ce territoire étant massive et sans solution. L'insatisfaction oblige à rêver, mais la plupart des rêves le restent. Il est possible qu'à force de rêver, l'hallucination qui le réalise soit prise au sérieux. 

Bref, Christiane Taubira, transportant son rêve avec elle, s'est ralliée naturellement aux rêveurs de la "métropole", qui font du rêve socialiste l'alpha et l'omega du futur. Le réveil par le passage au présent le dissout, dégage une réalité douloureuse. Le socialisme politique se partage entre le déni et le réalisme honteux. Notre héroïne a choisi le déni**

Sceptique

*J'ai été frappé par la conscience professionnelle des maitresses et des maitres qui ont pris en charge les deux premières années d'école de ma fille. Le socle de sa scolarité a montré sa solidité.

**Il est plus excusable que celui des frondeurs métropolitains, qui semblent coupés de la réalité.

Note du 1er Février 2016

Christiane Taubira ne pouvait pas s'attarder au gouvernement. Convaincue de la nécessité de partir, pour être en accord avec sa conscience, elle avait écrit, et fait imprimer, à l'étranger pour plus de prudence, un "pavé", un livre réaffirmant sa divergence d'avec le Président François Hollande sur la question de la déchéance de nationalité. "Une nation doit assumer ses ressortissants, on ne peut imaginer une partie du monde transformée en déchetterie, recueillant les déchus de leur nationalité pour crimes ou délits....contre leur patrie." résume la pensée de l'ancienne Garde des Sceaux.

Un peuple constitué en nation perd-il automatiquement son droit de définir les limites de son droit de la nationalité? Il est convenu entre les nations de ne pas créer d'apatrides, mais en même temps, cette convention n'impliquerait pas qu'un apatride devrait être chassé de partout.

Dans l'esprit de la majorité des français, prendre les armes contre la France rompt le contrat de la nationalité, devrait supprimer tout droit opposable au pays dont on est né citoyen. Le terrorisme agi contre le pays qui a accordé le statut de citoyen fait du terroriste un ennemi, pas un simple délinquant, comme cela a été toléré pendant les premières années du phénomène. Ce qu'une loi a fait, une autre loi peut le défaire.

Le terroriste a déclaré son allégeance à un autre État, l'État Islamique. Qu'il ne figure pas à l'ONU pourrait n'être que provisoire.