Les États-Unis rencontrent, à une plus grande échelle, les bouleversements économiques et sociaux que connaissent les européens, dans un monde où tout se sait en temps réel, et sous la forme la plus brutale.

Aucun homme conscient, dans le coin le plus reculé du monde, n'ignore où se trouvent les régions les plus prospères, les plus ordonnées, et où il devrait faire bon vivre. Et s'il faut aller quelque part pour survivre, la distance ne compte plus.

Face à cette évidence, les premiers occupants de ce "meilleur des mondes", invités à se serrer pour faire de la place aux candidats, se sont mis à grogner, voire à haïr, sans même les avoir vus, ces hommes et femmes qui s'invitent en nombre et en force, mais sans violence.

La situation se complique, en Europe, avec l'apparition de forces militantes, qui ne se contentent pas de se dévouer à l'accueil de ces misérables, mais leur soufflent qu'ils sont chez eux, et peuvent prendre toute la place qui leur convient. Elles ne cachent pas leur hostilité méprisante envers leurs compatriotes au coeur dur, craignant pour leur petit confort.

En face d'elles, d'autres associations prônent le rejet pur et simple des réfugiés, auxquels, il est vrai, se mêlent des migrants "économiques", quand ce ne sont pas des terroristes en mission.

Il en résulte que la charité, notre meilleure valeur, est la première perdue dans le conflit. Car elle est présentée comme obligatoire et sans limites. Il n'est plus question de dire qu'elle doit commencer par soi-même.

Nous avons tendance à penser que nous sommes les seuls concernés, nous, européens, par ces grands mouvements de population à la recherche de paix, de liberté, de sécurité, agrémentés de l'alimentation suffisante.

Si les États-Unis, et le Canada voisin, ne reçoivent pas en première intention les réfugiés du moyen-orient et de l'Afrique, ils sont, eux, submergés par le flot remontant de l'Amérique du Sud et de la Centrale, qui s'est amplifié depuis un siècle, et bénéficie de nos jours de cette information en temps réel, qui raconte leurs avatars, mais aussi leur chance d'être arrivés à bon port. Chaque succès d'un émigrant, active, ou réactive, d'autres projets.

Les européens déversent leurs craintes de toutes sortes dans les oreilles des partis populistes, comme le FN en France, les américains se tournent vers leur Parti Conservateur. C'est ce parti qui est le plus proche de leurs inquiétudes puisque il est nostalgique de l'Amérique du 19ème siècle, pieuse, blanche, et agricole, pas encore bousculée par le flot des miséreux, des persécutés, des pourchassés, arrivant de l'Europe quelques décennies plus tard.

En ce début du 21ème siècle, le flot a repris, en raison de la crise économique, qui a fait dériver des états vers la dictature, sans pour autant les arracher à la misère. Son origine principalement sud-américaine a fait que la langue espagnole est devenue la deuxième langue officielle des États-Unis. Ce sont maintenant les réfugiés du Moyen-Orient qui demandent qu'on leur fasse un peu de place. Leur religion, la même que celle des assassins du 11 Septembre 2001, ou des ennemis de l'Amérique que sont Al-Qaeda, et Daech, suscite de la méfiance, ou même la peur d'être conquis. La confiance en soi, la fierté de la réussite, de la première place mondiale des États-Unis, sont remplacées par le doute, le pessimisme, la haine des dirigeants qui s'occupent plus du monde que des États-Unis.

Il en résulte que l'offre de candidatures du Parti Conservateur pour l'élection Présidentielle de Novembre 2016 est particulièrement appauvrie en personnalités de premier plan. La référence biblique, l'isolationnisme, la misogynie, le refus de l'avortement, l'anti-islamisme, constituent l'essentiel des programmes des candidats, qui tournent tous le dos aux responsabilités internationales de l'Amérique, et se montrent simplistes ou carrément ignorants en la matière.

Si les États-Unis n'ont pas vraiment une bonne image dans l'esprit des responsables politiques français, c'est à cause de leurs erreurs, de leur américano-centrisme, dans la gestion de l'international. Mais l' abandon de leur participation serait encore pire. Leurs pataquès seront préférables à un isolationnisme.

Nous tremblons à l'idée d'un Donald Trump, d'un Cruz, ou d'un Rubio à la Maison Blanche, qui ont tout à apprendre, de force, ou à soigner leur délire. Tandis que Hillary Clinton, qui a été Secrétaire d'État de Barack Obama, et a montré ses qualités, sa force de caractère, nous rassure, et nous plait plus qu'aux américains. À la place des américains, nous voterions en majorité pour les démocrates.

Sceptique