Seule, sans parti, sans fief électoral, Rama Yade, fameuse recrue de Nicolas Sarkozy en 2007, a décidé de se présenter à l'élection présidentielle. Pourquoi, puisque c'est sans aucune chance? 

Pour faire le compte de ses sympathisants? Pour se rappeler au bon souvenir de ceux qu'elle a accompagnés et fait valoir, pendant sa propre période de notoriété et d'influence?

Son caractère, fier, d'une rigidité honnête, mais peu "politique", lui a valu des conflits avec son "inventeur", Nicolas Sarkozy, et avec son ministre de tutelle, Bernard Kouchner, chargé des Affaires Étrangères.

Elle a quitté l'UMP pour les Centristes, les centristes pour les Radicaux de droite, toujours dans un contexte conflictuel. Elle est fâchée avec tout le monde, mais pas avec la France.

L'intelligence devrait être un atout irrésistible. Mais il a la faiblesse de ne pas faire douter de soi, d'avoir toujours raison. Je pense que lors de ses conflits avec Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner, c'est elle qui avait raison, qui faisait passer ses convictions avant son intérêt. Mais la raison du plus élevé en grade permet la bonne marche des équipes gouvernementales, y compris dans l'erreur.

Je n'ai pas approuvé sa précipitation dans l'affaire de l'Arche de Zoé. L'intention de ces humanitaires se fondait sur la tromperie dont ils étaient eux-mêmes victimes, de la part de leur interprète.

Il faut lui reconnaitre une solidité de ses convictions, leur argumentation imparable, leur honnêteté intellectuelle . J'ai le souvenir des ses débats avec Olivier Ferrand, le brillant animateur de Terra Nova, le think tank socialiste. Il était subjugué, soufflé par ses démonstrations.

Se séparer de Rama Yade est peut être un réflexe irrépressible. C'est, en tout état de cause, une perte.

Elle est trop peu connue, trop victime de jugements sommaires, pour franchir les obstacles d'un parcours vers la présidence de la République. Je ne peux qu'espérer que le vainqueur de l'épreuve n'oublie pas son existence, et lui fasse la courte échelle vers une responsabilité politique, dans l'intérêt du pays*.

Sceptique

*En oubliant sa tranquillité!