Le réquisitoire du procureur, et les vingt ans de prison infligés par le jury, ne signifient pas que ce meurtre délibéré soit le fait d'un esprit "normal"....en apparence.

Il y a des pathologies mentales qui sont sans rapport avec la machinerie cérébrale qui nous donne la possibilité de communiquer et de penser. C'est ce deuxième volet, susceptible d'emballement, de dérapage, d'enfoncement dans l'erreur d'attribution (ce n'est pas moi qui pense ça, mais un esprit étranger qui s'est installé dans ma tête), qui fait se conjuguer le rejet de la pensée mauvaise, et l'obéissance à son auteur présumé. La croyance animiste, fondement des religions, est le terrain culturel favorable à cette interprétation de son trouble par le sujet.

Que ça nous paraisse incroyable est tout à fait normal, dans l'état actuel de notre culture. Il n'en pas toujours été ainsi. Les fous, il y a un peu plus de deux siècles, étaient vus comme possédés par le démon. "On" commençait à en douter, mais c'était une opinion minoritaire.

Non moins "normale" est l'incompréhension, par notre raison, de la maladie mentale en général. J'en fais même un symptôme. Un discours, une conduite, un acte incompréhensible par la raison d'une majorité de témoins, doit faire douter de la santé mentale. 

Reste alors à prouver la pathologie comme condition ou comme cause. On a vu dans cette affaire combien c'était dificile. La maladie mentale, "en secteur"*, n'a pas fait l'unanimité des experts.

Un phénomène collectif est observable: dans un premier temps, la maladie mentale est niée, ou, au moins, ne peut être une excuse. L'idée que le crime puisse rester impuni hérisse le public profane.

Dans le caractère particulier de cette affaire d'infanticide, la sanction infligée par la société devrait avoir un effet thérapeutique. Ce n'est pas la sanction que je critique, mais la glose, "profane", mais normale, qui l'a accompagnée.

Sceptique

*Ce type de délire a longtemps une place limitée dans la pensée. Il est compatible avec une vie "normale" dans la société, car il ne perturbe pas les rapports avec les autres, simplement exclus de tout partage. À partir d'un certain niveau d'envahissement de la pensée par sa part pathologique, il devient de plus en plus difficile pour le sujet de "faire semblant". Le passage à l'acte marque le dévoilement du secret.