J'écoutais hier soir l'entretien entre Yves Calvi, arrivé depuis peu à la chaine LCI, et Éric Woerth, un soutien indéfectible de Nicolas Sarkozy, plus encore maintenant, qu'il est officiellement candidat à la primaire de la droite et du centre.

Le journaliste l'a immédiatement interrogé sur l'acte d'Emmanuel Macron, sur les conséquences qu'il pouvait entrainer pour un parti contenant la plus forte proportion de sympathisants du jeune ministre.

Éric Woerth ne craignait aucun trouble, aucun remous dans son parti. Il s'étonnait, à ce propos, qu'Emmanuel Macron se soit lancé dans cette aventure sans être soutenu par un parti. Le parti constituait la base collective de toute ambition politique. Avoir un parti, d'abord, l'utiliser, ensuite.

Il était choqué, aussi, par la trahison du jeune ministre, une conduite incompréhensible à l'égard du mentor, du protecteur, du chef de l'État, qui lui en avait confié un des principaux leviers.

Il n'imaginait pas, ensuite, que cette rupture pour des fins personnelles puisse être récompensée par une réussite politique. 

Sur le fond, il a raison. La solidité, la cohésion, d'une équipe politique, formée autour d'un chef librement choisi et indiscuté, constituent un atout évident, et aussi, une force morale, admirable par elle-même.

La différence se situe entre les pronostics qu'on peut établir de part et d'autre. Du côté de François Hollande, la fin d'un règne caractérisé par l'immobilisme, l'échec, la déconsidération, l'incertitude à tous les niveaux.

Du côté de Nicolas Sarkozy, le souvenir du triomphe de 2007, de l'enthousiasme des militants de tous âges, jusqu'à la fin, la douleur de l'échec, de l'éclipse, le "retour de l'Île d'Elbe".

Les fidèles, les jeunes, surtout, se sont rangés derrière lui, laissant à leurs critiques les vieux, qui ne mettaient pas un mouchoir sur les causes de l'échec du quinquennat, ni sur les ardoises laissées par le candidat prodigue et peu soucieux de l'intendance. Le silence partagé fut d'or, et le reste.

Il apparait de plus en plus que l'ancien Président Nicolas Sarkozy est le candidat du noyau dur du parti, et de l'essentiel de "l'appareil", contre tous les autres. Les communiqués, les compte-rendus de meetings, les appels aux dons ne font référence qu'à LUI. 

La morale, une morale est donc interpellée. Celle qui a été établie avec le système des primaires, qui pose le principe de l'égalité des moyens, mis à la disposition des candidats par Les Républicains. 

Ce n'est pas parce qu'ils ne disent mot, pour ne pas envenimer une atmosphère déjà délétère, qu'ils acceptent.

Ils semblent sans illusions, mais ils évaluent le risque d'un clash, l'atteinte de l'image de ce bloc non négligeable de la droite de gouvernement. Depuis des années, depuis l'origine de leur projet présidentiel, ils se financent légalement par une association de financement qui reçoit et enregistre les dons.

Il arrive aux Républicains une situation symétrique de celle qui touche le Parti Socialiste, une fracture. Dont les bords sont encore collés, mais s'écarteront à l'approche des primaires. Je veux croire qu'une consolidation sera possible si les primaires se passent bien. Mais je doute de la cohésion du rassemblement à partir de la désignation du candidat. Retrouvera-t-il sa sérénité, s'il n'est pas...le bon ?

C'est pourquoi je "tique" en entendant Éric Woerth évoquer la morale à propos du geste d'Emmanuel Macron. "Elle" est sûrement relative en politique, malgré les règles du jeu, moins rigoureuses qu'en sport.

Sceptique