La porte de l'Allemagne qu'Angéla Merckel a ouverte toute grande aux flots de réfugiés entassés dans les camps de Turquie, du Liban, de Jordanie a évité les drames atroces et répétés de la route libyenne, exclusivité des passeurs, de leurs rafiots surchargés, à la merci de la première houle rencontrée.

La traversée du bras de mer séparant les bases de départ turques de la première île grecque n'était pas sans risques, mais sans commune mesure avec l'autre. Une fois débarqués en Grèce, les réfugiés, hommes, femmes et enfants prenaient la route cap au Nord, vers l'Eden allemand, prêt à les accueillir tous.

Cette route s'est fermée, à l'initiative des pays traversés, avant que l'Allemagne, submergée, mais stoïque, dise "pouce!". Les nouveaux arrivants en Grèce y sont retenus. Le flux libyen a repris.

Ce ras-de-marée humain affole les "indigènes" européens, mais aussi les gouvernements, chargés de défendre les intérêts de leurs mandants. Seule entre tous, Angela Merckel, tout en cherchant à fermer les brèches, maintient le droit à l'asile. Les considérations économiques et démographiques propres à l'Allemagne n'expliquent pas sa singularité. Angela Merckel a un coeur qui domine toujours la froide raison. C'est le malheur de l'Allemagne, vaincue, occupée, et pour moité soumise au régime communiste, qu'elle a vécu et qui l'a marquée. 

Elle sera la dernière à flancher, à se renier, même si elle a pris l'initiative de négocier avec le chef de l'État turc, une meilleure retenue des réfugiés sur son territoire, passage obligé, moyennant une participation financière coquette de l'Europe. Les trésoriers des états de l'Europe en ont des crampes de la main qui signe les chèques.

La première conséquence électorale de la politique d'accueil d'Angela Merckel s'est traduite par une rétrogradation de son parti dans une élection locale dans un Länder de l'ex Allemagne de l'Est, qui était précisément son fief. Tout le monde s'est empressé de parler de "claque". Mais je ne serais pas étonné qu'elle tende l'autre joue!

Ce flot de réfugiés, un bon million, ne représente qu'un 5OOème de la population de l'Union Européenne. Mais il n'y a pas que les réfugiés du Moyen-Orient qui lorgnent sur notre bien être, notre liberté, notre solidarité, notre respect obsessionnele des droits de l'homme.

Toute la population de l'Asie et de l'Afrique sait qu'on ne meurt pas de faim en Europe, ni des coups des policiers dans les commissariats, ou des tirs dans le tas des Gardes Présidentielles. Le vrai problème, c'est la connaissance de ce qui se passe dans le monde en temps réel. La censure de l'information ne concerne que les médias locaux. Il y a une boussole dans la tête de tous les hommes adultes. Elle indique le Nord en Afrique, le Nord-Ouest en Asie. Les américains du sud ont aussi le nord comme direction idéale.

Les hommes préfèrent le moins pire!

Ce sentiment, hélas, se heurte à la résistance, logique et légitime, des premiers occupants, nantis et pas vraiment malheureux malgré l'intensité de leurs gémissements. Ils ont le sentiment qu'ils ont mérité toutes les bonnes choses qu'assure l'Union Européenne. Ils veulent bien partager, mais l'excédent seulement. L'afflux de bouches à nourrir les affole. Les appels à l'égoïsme, à durcir leur coeur, sont de plus en plus entendus, surtout s'ils sont étayés par la raison. "La France, l'Europe, n'ont pas vocation à prendre en charge toute la misère du monde." Hélas, "ventre affamé n'a point d'oreilles!"

Pour revenir à Angela Merckel, elle s'est appuyée sur les valeurs de notre civilisation, de notre histoire. Elle les a mises en actes. La réalité la rattrape, le peuple dit "arrêtez!", la désavoue. Démocratiquement, elle s'inclinera.

Mais, non, elle ne mérite pas une claque, elle a honoré l'espèce humaine, sa partie européenne, et chrétienne. C'est la réalité qui est mauvaise, pas l'homme, en général.

Sceptique