Je la connaissais. J'étais au courant. J'ai lu le Livre de la Genèse, et l'Ancien Testament. J'ai lu Freud, et je lis le journal. Mais, c'est vrai, l'homme moderne a tendance à penser que ça ne concerne que des autres, qui ont raté leur intégration dans la société, et recourent à l'expédient de la violence pour s'emparer des biens des plus chanceux, ou les supprimer, sans raison précise.

C'est pourquoi j'ai ressenti un choc en découvrant un titre du "Monde", "La violence humaine s'enracine dans l'arbre de l'évolution." Et en sous titre: "L'homme a hérité de la tendance marquée des primates à s'entretuer."

Si je me revendique sceptique, c'est bien parce que je n'ai aucun doute sur notre qualité de "sales bêtes". Simplement "parlantes", comme Jacques Lacan l'a mis en exergue. Ce n'est pas parce qu'il n'est plus à la mode qu'il a eu tort.

Aucune religion, aucune philosophie, aucune loi, n'a pu arrêter ce goût du meurtre. Quelques fois, ce sont même ces obstacles proclamés qui poussent les hommes à tuer, en leur soufflant des bonnes raisons.

Comme j'ai fait depuis longtemps mon deuil d'une création parfaite, que l'homme aurait dévoyée, sous l'influence du rival patenté du créateur, j'accepte avec humilité la classification de l'homme parmi les prédateurs et les carnassiers. Ceux qui, comme Monsieur Fenouillard*, leur font la morale, me font rire.

J'approuve, aussi, que les gardiens de l'ordre social fassent le ménage,et essaient de guérir du goût du mal ceux qui en font le guide de leur vie. 

Des êtres imparfaits ont forcément du mal à organiser une société parfaite. Il vaudrait certainement mieux, pour tout le monde, que personne n'en ait la prétention. Mais en fait, il y en a toujours, et parfois, ils mentent bien, ils sont convaincants.

Puisque ce constat nous conduit à la modestie, au doute quant aux divers modèles de société, la solution la plus sage me semble de rester fidèle au modèle qui s'est imposé avec le temps, une liberté responsable, un "tu ne tueras point" comme principe, un évitement du crime légal, comme la peine de mort. Parce qu'on sait comment ça commence, mais pas comment ça finit. Le principe de précaution inspiré par l'expérience, c'est sage. Celui qui est inspiré par la peur de l'inconnu est, par contre, discutable.

Les démangeaisons, les envies de tuer, continueront, ce sera un problème d'éducation.

Sceptique

*Monsieur Fenouillard est un personnage du bon grand-père Christophe, précurseur de la bande dessinée. Fenouillard est un boutiquier naïf, marié à une colérique, et père de deux cruches. Une ballade à Paris de la famille ouvre une série d'aventures cocasses couvrant un tour du monde. Mr Fenouillard fait souvent la morale à ses semblables, et même à des bisons sauvages, ce qui permet d'ajouter quelques gags.