Sigmund Freud, le fondateur de la psychanalyse, a fait du "meurtre du père" le principe organisateur des sociétés humaines*. 

Bruno Le Maire, le benjamin des candidats de droite à la présidence de la République, s'emparant d'une mitraillette (hallucinatoire), exécute, toujours en effigie, les pères putatifs, qui ont dépassé les soixante ans, et surtout, ont un "curriculum vitae" chargé de responsabilités diverses. Et ces responsabilités ne peuvent être que lourdes. Des casseroles en fonte!

Bruno Le Maire, le "djeune", bardé de diplômes, se voyait forcément "en haut de l'affiche". L'ancien "meilleur d'entre nous", Alain Juppé, pas mal diplômé, aussi, porteur de cicatrices et de médailles, se maintient en tête depuis des mois. Derrière lui, Nicolas Sarkozy, un temps découragé, mais rengagé avec le soutien de l'appareil des Républicains, tous âges confondus. Puis François Fillon, premier ministre dévoué du Président de la République Nicolas Sarkozy, mais au fait de ses erreurs et faiblesses diverses, qui ont plombé sa présidentielle de 2012.

Dès l'été 2012, François Fillon, prenant acte du retrait de la vie politique de Nicolas Sarkozy, a mis en route sa préparation à la revanche de 2017, pourvue d'un programme solide et détaillé. Il a libéré son ambition, dont la nécessité est pour lui évidente, pour avoir été bridé, contourné, et désavoué, par le titulaire du seul mandat qui compte dans nos institutions gaulliennes, celui de Président de la République. François Fillon veut en finir avec la panne, la paralysie, et la faillite qui doit conclure. Pour ça, il a besoin de la charge suprême.

Et s'il n'a pas le soutien de la majorité des militants actifs de l'ex UMP, ni, bien sûr, de ses rivaux, il a gagné, dans l'opinion, une réputation enviable de sérieux. Qu'on perçoit à travers les commentaires de ses discours, de ses entretiens avec la presse et les médias audio-visuels. Lors de la première confrontation télévisée des candidats à la primaire de la droite et du centre, il a été plébiscité par les auditeurs qui le découvraient.

Pendant ce temps là, Bruno Le Maire reste en quatrième position. Il a beau affirmer avec un sourire qu'il sortira vainqueur du premier tour de la primaire, pour le moment, l'ordre indiqué par les sondages n'est pas modifié. Il est permis de ne pas s'y fier, les carottes ne sont pas encore cuites. Remonter d'une place, c'est jouable. De deux, ça l'est moins.

Faire vibrer la corde de l'âge, appeler à la solidarité les jeunes, est un réflexe. Mais la manoeuvre n'est pas fondée par l'histoire, par des succès antérieurs. Les jeunes votent moins que les "vieux", et ne sont pas sensibles au seul argument de l'âge. À partir du moment où on vote, on prend au sérieux cet acte.

Si tant de démagogues veulent abaisser jusqu'à la puberté le droit de vote, c'est parce qu'ils croient que les plus jeunes sont les plus manipulables.

Sceptique

* Ce n'est pas ce que l'observation des sociétés, surtout des primitives, montre. La gérontocratie s'y maintient, comme elle a dominé notre propre société pendant des siècles. L'échec quasi général des révoltes du Printemps Arabe est l'effet de la solidité du statut du père dans ces sociétés. "Ils" se sont dépêchés de la confisquer. Seule la Tunisie a continué sur sa lancée. Toutes les autres ont tourné court, ou se sont transformées en bains de sang, comme en Syrie.