L'éventail des convictions politiques des humains, est extraordinairement similaire, d'un bout de la terre à un autre. Il va de l'extrême droite à l'extrême gauche (en gardant à l'esprit les mots d'usage français). Les extrêmes se ressemblent par la conviction et la violence qui s'y associe. Entre les deux extrêmes se placent les nuances modérées,  qui se confondent au milieu, dans une forme de neutralité, ou de faible conviction.

En majorité, au cours de leur vie, les humains glissent plus ou moins vite vers ce centre modéré et pacifique. Bien sûr, un humain peut rester extrémiste toute sa vie, surtout s'il n'a jamais confronté son opinion à la réalité, invitant à la modération. Ce "marais", dans toutes les sociétés pratiquant la liberté d'opinion, est toujours majoritaire, d'âge adulte, ou plus. Les extrémismes conviennent davantage aux jeunes.

Le Front National, évoquant par sa dénomination, le combat, et son argument, la Nation, a été fondé par Jean-Marie Le Pen, sous la Quatrième République, dans les années d"après-guerre. Son fondateur, un habile tribun, maniant le verbe avec efficacité, se posait en défenseur d'une nation française, sortie affaiblie et divisée de la seconde guerre mondiale, commencée pour elle par une terrible défaite et une occupation de quatre ans par le vainqueur allemand. L'après-guerre ayant été marqué d'emblée par la dislocation de notre Empire, sa défense fut le principal motif de ce parti nationaliste. Ses sujets de mécontentement sont maintenant l'immigration en provenance de l'Afrique et du Moyen Orient, majoritairement musulmans, et l'Union Européenne, à laquelle nous avons tranféré la majeure partie de notre souveraineté.

Avec le temps, l'âge de son fondateur, et ses ennuis judiciaires attirés par ses excès de langage, le Front National a commencé par s'affaiblir, se marginaliser. Mais les bêtises commises par les gouvernements "convenables", accumulées d'année en année, le Front National s'est trouvé le réceptacle de tous les mécontentements, de toutes les exclusions, économiques ou politiques. Les obsessions de son fondateur étaient beaucoup trop étroites, ses projets, irréalistes.

Sa fille, Marine Le Pen, associée très tôt à l'action de son père, a pris la mesure de l'impasse, du rejet, par la majorité modérée, des solutions extrêmes, mais logiques, découlant des convictions. Leur mise en oeuvre aurait, en particulier, des conséquences économiques et sociales lourdes, en recul sur les performances acquises par les gouvernements "normaux", acceptant les règles européennes et internationales.

Bien que séduisant toujours plus de mécontents et d'exclus de la société, le Front National souffrait concrètement du rejet par les partis "de gouvernement", acceptant les avantages des obligations européennes et internationales, incompatibles avec un nationalisme.

Un paradoxe, d'ailleurs, s'est constitué au fil du temps: empêché d'avoir des élus en France en raison du système électoral adopté par la Vème République (uninominal à deux tours), le Front national l'a compensé par une représentation plus étoffée au Parlement européen, dont les députés sont élus au scrutin proportionnel par liste. Leur hostilité envers l'Union Européenne affecte la quantité et la qualité de leur travail de parlementaires, mais pas leurs émoluments.

L'augmentation régulière de l'audience du parti contestataire, approchant des 30%, ses effets sur les résultats de toutes les élections au scrutin proportionnel, qui a les faveurs de la gauche, a fait progressivement du parti dirigé par Marine Le Pen, une base suffisamment solide pour convoiter le pouvoir. La Présidence de la République, ses conséquences sur la politique étrangère et l'économique, ne sont plus absolument inaccessibles. La fin de la participation de la France à l'Union Européenne est un élément essentiel du programme du Front National. Comme cette appartenance à l'Union Européenne n'est, ni bien évaluée, ni comprise, la sortie de la France ne fait pas peur à la majorité théorique, formée par les partis extrémistes, de droite, et de gauche**.

Gommer, lisser, les aspects extrémistes du Front national, le rendre moins inquiétant, plus fréquentable, caractérise la Présidence de Marine Le Pen, et ses soutiens plus compétents comme Florian Philippot et quelques recrues issues de l'ENA.

Marine Le Pen sera candidate à la prochaine présidentielle. Il est prévu par les sondages qu'elle figurera au deuxième tour, et qu'elle aura comme rival un homme appartenant à la droite, plus précisément aux Républicains (Nicolas Sarkozy, ou un autre). L'hypothèse, caressée par François Hollande, de faire partie du binôme sélectionné pour le deuxième tour, parait heureusement très improbable. Mais elle avive la compétition à droite!

Sceptique

*L'information qui m'inspire ce billet me vient de la presse québécoise. À la suite de la visite, mouvementée, de Marine Le Pen, auprès des indépendantistes québécois, l'un d'eux, Daniel Boucher, a fondé un parti, le Front National Québécois. Dont les projets sont encore plus radicaux que ceux du nôtre. Dès qu'elle en a eu vent, Marine Le Pen a exigé le changement de nom de ce nouveau parti, menaçant d'une action en justice, si l'imitateur s'obstinait. Il a obtempéré.

**Lors du référendum de 2005, sur la constitution européenne, l'addition des Non, d'extrême gauche, et d'extrême droite, fut majoritaire et fit rejeter le projet. Chacun des rassemblements pour le NON revendique la victoire.