Si la gauche ne sait plus qui sera son champion lors de la prochaine "Présidentielle", elle sait qui sera son adversaire: François Fillon, désigné par les électeurs de la droite et du centre, armé d'un programme précis, dans tous les détails.

La "gauche" a tout le loisir de chercher le point douloureux du programme du challenger. Elle en a trouvé un, touchant notre Sécurité Sociale.

"Elle" a été instituée en 1945, une fois la paix retrouvée. Le gouvernement de l'époque étant fortement contrôlé par la gauche, socialiste et communiste, elle a été conçue "très sociale", plutôt que "sanitaire". La moins "libérale" possible, compte tenu du statut des médecins français, à l'époque.

Très rapidement, la Sécurité Sociale, malgré ses avantages sociaux, et même, "économiques" pour les professions de santé, n'a plus satisfait personne. En amont, elle devait être financée par une économie exsangue, en aval, supportée par une corporation médicale mal disposée. 

L'inflation galopante a vite créé un fossé large et profond entre la valeur des actes et le tarif de responsabilité, base du remboursement. Toutes les années qui ont suivi ont été marquées par le conflit tarifaire entre la "Sécu" et les médecins, qui peu à peu, ne se sentaient plus engagés par le tarif originaire. Par ailleurs, le financement du système devenait lourd pour l'économie marchande, était son "boulet". La gestion paritaire, Patrons-Syndicats* était vite devenue critiquable....pour ne pas dire plus. La reprise en mains par l'État s'est imposée. Son contrôle politique est maintenant total.

Ce qui explique qu'un candidat à la présidentielle s'en préoccupe, et que ses futurs opposants dressent un portrait effroyable de ses intentions. Il faut savoir! Les deux grandes tendances de la vie politique ont leur mot à dire, l'une en faveur des sources de financement, l'autre en faveur des flots de dépenses, cependant "différenciés", au détriment des acteurs "privés" de la santé, médecins libéraux, auxiliaires, cliniques, industrie pharmaceutique.

Ce que je comprends du projet de François Fillon, c'est de prendre appui sur les mutuelles, vite devenues indispensables en raison du décrochage entre une médecine en constante évolution technique et scientifique, et une gestion à la fois "frileuse" et "dispendieuse". Les mutuelles, plus souples et plus rigoureuses à la fois, appuyées sur la représentation, formelle**, des adhérents, corrigent rapidement les dérapages financiers, se font, aussi, concurrence sur un marché devenu très ouvert. "Il" voudrait leur confier complètement la médecine courante, de première intention, alors qu'elles n'assument actuellement que le ticket modérateur, et les dépassement d'honoraires, permis à certains spécialistes plus titrés.

Il parait logique que les cotisations des mutuelles s'alignent en fonction de cette charge nouvelle. Mais on ne pourra pas indéfiniment se masquer le coût d'une santé de haut niveau. Il faudra seulement que ces cotisations complémentaires soient déductibles du revenu imposable, et non de l'impôt dû, comme c'est le cas aujourd'hui pour certaines dépenses d'aide à la personne, assurées par leurs bénéficiaires.

Ce dont rêve depuis toujours la gauche, c'est qu'en cas de défaite, la droite victorieuse ne touche pas à la politique qu'elle a faite pendant son temps. Mais, bien sûr, cette exigence n'est pas réciproque. Lorsqu'elle revient au pouvoir, la gauche annule les dispositions léguées par la droite, crée ou rétablit des mesures conformes à sa pensée.

Sceptique

*Les professions de santé, simple "main-d'oeuvre", a priori "politiquement incorrecte", n'ont pas été impliquées dans la gestion du système. Logique, ou erreur?

**Il y a une démocratie propre aux mutuelles associatives, des élections de délégués, participant au conseil d'administration. Les cotisants "ordinaires" s'en préoccupent peu, ne connaissent pas leurs représentants. Sûrement de peu d'influence....sur les aspects financiers.