Ce passeport, c'est cette vignette*, que, désormais, tout automobiliste, d'où qu'il vienne, devra avoir achetée, et collée sur son pare-brise, s'il a à pénétrer dans la ville nommée Paris.

Un délai a été accordé aux non-familiers de cette incursion, mais il ne sera pas infini. Aucune excuse ne dispensera le "contrevenant" du paiement d'une amende salée. Inutile d'imaginer des cas de force majeure. En existe-t-il pour entrer aux États-Unis? Non... Alors?

Depuis les années Giscard, la création d'une fonction politique de Maire de Paris, coiffant les maires d'arrondissements, la fonction de capitale de la France de la Ville de Paris s'est régulièrement affaiblie, au profit d'une entité politique très puissante, démographiquement, et financièrement. 

Le premier Maire de Paris, Jacques Chirac, avait des ambitions nationales. Paris n'était qu'un marche-pied prestigieux. Mais qu'il chouchoutait, dont il chouchoutait les habitants, sans lésiner. Les non-parisiens n'avaient pas à se plaindre de lui. Paris était une ville accueillante, "cool", agréable à vivre, à la circulation facile, et même, un temps, moins courue et moins chère que ses meileures banlieues.

"Il" la quitta dès la première opportunité, qui se présenta en 1995, l'élection présidentielle, à laquelle François Mitterrand, malade, ne se représentait pas. Mais il avait un rival à sa droite, Édouard Balladur, qui avait gagné du galon comme Premier Ministre de l'ultime cohabitation. La droite s'était divisée entre les deux hommes. Le premier tour fonctionna comme une primaire. En seconde position, Balladur s'effaça, et Jacques Chirac devint, enfin, Président de la République. Deux ans plus tard, il fit la bêtise de dissoudre l'Assemblée Nationale, et se retrouva en cohabitation, avec Jospin comme Premier Ministre, et une politique socialiste à cautionner.

L'échéance des élections municipales coupa sa voie de repli: Paris fut conquise par la Gauche, socialiste et écologiste. Dont les premières mesures furent de rendre Paris impossible. Les principales voies furent rétrécies d'un bon tiers, tandis que les voies réservées aux bus et aux taxis furent élargies. Une piste cyclable en plus, et la voiture se retrouva limitée à une seule voie dans chaque sens. C'était dissuasif.

La circulation automobile à Paris n'était pas le fait des parisiens, mais des banlieusards qui y travaillaient, et des artisans qui exerçaient leurs métiers, d'entretien et d'aménagements. Ni les premiers, ni les seconds, ne furent l'objet d'une considération quelconque.

Les électeurs, eux, furent satisfaits. Usagers des transports en commun, ils bénéficièrent de leurs privilèges.

Toujours satisfaits, ils reconduisirent la municipalité, maintenant dirigée par Madame Anne Hidalgo, dont la vision est claire: Paris aux parisiens, autant que possible, seuls. La pression touristique, les nécessités d'une capitale, restent un obstacle à l'entre-soi intégral, à la fermeture pure et dure. Dure, aussi, la vie pour les non-ayant-droits, les banlieusards et les provinciaux. Les bestiaux des autres continents, ne pouvant comparer avec le passé, font où on leur dit de faire.

Seul l'État conserve des droits, mais il ne les exerce pas, ou le moins possible. Ce passeport aux motifs environnementaux, d'autres mesures frappant les professionnels du transport à la demande, et quelques agglomérations de la proche banlieue, ne bénéficient d'aucune modération exigée par l'État. Une casserole de plus!

Sceptique 

*Cette vignette, qu'il faut acheter sur un site internet, a une couleur qui indique l'âge de la voiture, et sa motorisation, essence ou diesel (pas trop ancien).