L'échouage, mortel, de 400 baleines, dans une baie de Nouvelle-Zélande, suivi d'un deuxième, de 200 supplémentaires, a suscité une émotion énorme chez les témoins humains. Beaucoup se sont précipités pour maintenir à flot celles qui étaient encore vivantes, et les guider vers les zones plus profondes. En vain pour la plupart, s'entêtant à suivre la feuille de route du groupe.

De tels comportements ne sont pas inconnus dans notre espèce. Ce sont les "mouvements de foules", qui font parfois de nombreuses victimes. Ils sont analysés comme liés à une peur contagieuse, qui suspend l'instinct de survie individuel, et la remise de son sort au groupe en mouvement. C'est une option, pas réfléchie, ni programmée. Elle est aléatoire. Elle fait des victimes collatérales, déséquilibrées par le mouvement de foule, puis piétinées à mort par les fuyards. Ils sont considérés, avec humilité, comme une défaillance de notre intelligence programmée.

Ces baleines constituent une espèce "sociale", qui semble obéir à un automatisme programmé de façon identique pour les individus qui constituent le groupe, soit en permanence, soit à l'occasion d'une migration saisonnière. L'instinct de survie ne se déclenche que trop tard (l'animal se débat), mais si les humains secourables le sortent du piège, "il" y retourne, le plus souvent.

Notre émotion est amplifiée par l'évolution de notre pensée vers l'attribution d'une intelligence propre à la nature, et autonome, après avoir été attribuée à un créateur.

Des phénomènes, "de cette nature", se répètent en nombre, pour chaque espèce exposée, à échéance fixe. Il n'aboutissent pas à la disparition de l'espèce. Les humains s'apitoient sur les victimes "innocentes", et se dévouent au sauvetage de quelques uns. 

C'est, mieux, bien sûr, que de la part de ceux qui en profitent pour en massacrer un grand nombre, au nom de leur "culture", non critiquée.

Mais, à notre époque d'un retour à la déification de la nature*, proclamée meilleure et plus respectable que la réflexion humaine, ces aspects absurdes de son fonctionnement devraient nous secouer, nous ramener à la raison.

Je ne peux que revenir à la définition lumineuse de Jacques Monod:"la vie est apparue par hasard, et s'est perfectionnée par nécessité." Perfectionnée, mais jamais parfaite. Surtout "moralement"!

Une des dernières trouvailles de quelques membres de notre espèce est de vouloir lui "redonner le pouvoir". Qu'elle n'a jamais eu, et qu'elle n'aura jamais "éternellement"**.

Le vrai pouvoir serait confisqué par ses serviteurs auto-proclamés, qui lui feraient dire ce qu'ils veulent. Certains, et certaines, sont déjà à l'oeuvre.

Les humains ont encore à se méfier de la nature, tant de la "minérale", que de la "vivante". Mais plus encore de ses serviteurs, auteurs d'un vrai "coup d'états", qui veulent nous faire obéir...."perinde ac cadaver"***.

La nature minérale n'obéit qu'aux lois de la physique. La vivante, qu'à ceux de la biologie, mollement subordonnée à la précédente****.

Il y a une part de vrai dans les rapports entre l'homme et la nature, sous ses diverses formes. L'homme est le seul à avoir la capacité de nommer, de créer de la réalité.

Mais aucun n'est plus propriétaire de l'encyclopédie ainsi constituée, que les autres.

Sceptique

*"Elle" a eu un ou plusieurs créateurs pendant des millénaires. "Elle" en a toujours un pour une large majorité des humains. Mais ce n'est qu'une opinion.

**Notre monde ne dispose que de la durée de notre source d'énergie, le Soleil, une étoile comme une autre. Nous disposons d'un temps, long à l'échelle de nos besoins individuels, mais aussi collectifs: entre six cents millions et cinq milliards d'années. Ce n'est pas très précis!

*** "jusqu'à la mort". Obéissance exigée dans l'ordre des jésuites.

****La vie, une fois apparue, a eu des capacités de s'adapter à des conditions qui nous étonnent toujours.