Se préparant à la charge de Président de la République, Emmanuel Macron a voulu rencontrer un de nos principaux partenaires, à la fois historique, politique, économique, et humain, l'Algérie.

Pour faire plaisir aux dirigeants, encore tous issus du FLN qui nous a combattus, il leur a déclaré que la colonisation est un crime contre l'humanité, semblant oublier que nous en étions nous-mêmes issus, et que ce phénomène concerne l'ensemble de l'humanité. Il n'y a pas si longtemps que ça que les frontières se sont figées.

Je n'apprendrai rien à personne en détaillant notre tranche d'histoire commune avec l'Algérie: sa conquête, difficile, à partir de notre expédition "punitive" de 1830, l'envie d'en découdre d'une armée encore nostalgique de l'épopée napoléonienne, un rapport de forces favorable, et un pouvoir royal peut être jaloux de la même épopée.

L'Afrique du Nord, dont la spécialité avait été pendant des siècles la piraterie en Méditerranée, aux dépens des riverains et du commerce maritime, était, sur ce plan, en déclin, les marines opposées, longtemps occupées à de battre entre elles, ayant pu, enfin, utiliser les quinze années précédentes, pour combattre les derniers pirates, jusque dans leurs repaires. Même la jeune marine des États-Unis y avait réglé quelques comptes.

Pourquoi notre état a-t-il décidé d'aller au delà de ce nettoyage, et a commencé la conquête de l'Algérie? Je ne me l'explique que par le modèle napoléonien, frappant les imaginations des responsables civils, et des militaires. Leurs généraux étaient tous des anciens de la Grande Armée. En tout cas l'affaire fut rude, meurtrière de part et d'autre.

Du côté algérien la résistance était conduite par l'émir Abd El Kader. Sa capture et son transfert en France constituèrent un avantage pour le conquérant. 

L'Algérie n'était pas alors, une nation, mais un territoire sous tutelle ottomane. Et l'empire ottoman n'était plus en mesure d'agir si loin de ses bases. Quant aux nations européennes, elles se remettaient des guerres napoléoniennes, et elles furent globalement indifférentes. L'éradication de la piraterie, qui avait sévi des côtes marocaines aux libyennes était pour toutes un soulagement.

 Tous les régimes qui se succèdèrent en France àprès 1830 entérinèrent la conquête de l'Algérie, et favorisèrent, ou organisèrent, l'installation de colons. Originaires de France, de ses parties les plus pauvres, mais aussi d'Espagne, d'Italie du Sud, de Malte, affectés par une misère chronique. S'y ajoutèrent, au fil des événements français, les réprouvés de la Commune et les alsaciens refusant l'annexion allemande.

Dans la dernière partie du 19ème siècle, la France imposa un protectorat au Maroc et à la Tunisie (autre fief ottoman), incapables de contrôler leurs frontières avec l'Algérie.

C'était aussi l'époque d'une expansion coloniale d'un grand nombre de nations européennes vers l'ensemble du monde encore disponible, situé en Afrique, en Asie, et en Océanie. Les motifs essentiels étaient les rapports de forces, la compétition entre nations, la seconde révolution industrielle et sa recherche de marchés. 

La première guerre mondiale retira à l'Allemagne sa part de conquêtes, récupérées par les vainqueurs français et anglais, et la seconde, celles de l'Italie (Libye, Erythrée, Somalie). Les années 1960 virent la fin de la colonisation en Afrique, soit par consentement mutuel, soit à la suite de guerres de décolonisation (France, Portugal, Belgique, Afrique du Sud). La guerre d'Algérie s'acheva par une décision politique, et les accords d'Évian. En Asie, la France avait quitté le Vietnam après 1954 et sa défaite de Dien-Bien-Phu.

La trace la plus profonde de ces aventures dans notre esprit est évidemment l'Algérie, où combattirent des dizaines de milliers d'appelés, et d'où partirent un million de colons. Ce fut un choc pour eux, augmenté du peu de sympathie qui leur fut manifestée par la France et son administration. Ce fut encore bien pire pour nos supplétifs algériens, les harkis, arrachés par leurs officiers à la vindicte des vainqueurs. Les autres, abandonnés et désarmés, furent massacrés dans des conditions honteuses (pour nous).

C'est à ce titre que les propos complaisants d'Émmanuel Macron font scandale. S'ils ont été "petit lait" pour les algériens, ils ont été douloureux pour les rescapés harkis et pieds noirs. "Un Président ne devrait pas dire ça!"....apparemment, Emmanuel Macron, postulant à la Présidence de la République, a suivi les mêmes cours de gaffes que son mentor!

Il est devenu de bon ton de passer en jugement l'histoire, de faire un procès par contumace à ceux qui l'ont marquée de leur nom. Alors qu'il est est évident, partout et depuis toujours, que la maitrise de l'histoire est une illusion, à partir d'une durée de quelques décennies. Il y a toujours quelque faits ou groupes de faits qui en perturbent le cours prévu. Les hommes foncent tête baissée dans leur futur, et n'arrivent jamais où ils le voulaient. Il n'y a de prévisions possibles qu'à court terme. Quant à sa mise sous naphtaline, dans un placard, c'est la meilleure façon de figer en même temps ce qui pourrait lui succéder. 

Espérons que l'émotion soulevée lui servira de leçon. Même les hommes les plus intelligents et les plus instruits en ont besoin.

Sceptique

P.S. Ayant participé comme appelé à cette guerre, j'ai été frappé par l'immensité du "No French Land", la partie de l'Algérie dont la plupart des habitants n'avaient peut-être jamais vu de français. Je me demandais quelle idée nos ancêtres avaient eue d'entreprendre cette conquête.