J'ai failli me faire avoir. Comme tout un chacun, je m'informe des affaires du jour en consultant les divers quotidiens ou périodiques auxquels je suis abonné (leurs éditions numériques....je pense à la planète...à ma façon!).

Sans surprise, le Fillon-bashing occupe la quasi-totalité des pages....de la presse de droite. De celle de la gauche je le sais d'avance.

A-t-il encore toute sa tête, le Fillon qui ne veut pas comprendre qu'il est foutu, qu'il faut qu'il passe la main? Ou a t-il viré parano, projetant sur les autres la cause de ses malheurs, dont le principal est d'avoir cru en une sélection à 66% des français de droite participant à la primaire....de la droite et du centre? Mais, surtout, de croire en ses mérites, en sa capacité de gagner la course.

Mais "le direct", passage obligé des chaines de télévision spécialisées dans l'information m'a fait voir autre chose. 

Le discours de François Fillon à Aubervilliers a été diffusé en direct par la chaine LCI. François Fillon m'est apparu "normal", souriant, chaleureux, éloquent. Évidemment, il a redit, martelé, ce qu'il veut faire entrer dans nos têtes et dans nos coeurs. 

C'est vrai, il n'en dévie pas de manière sensible, il n'use pas de l'hystérie, mais la foule présente réagissait, applaudissait, criait son approbation.

Quand il a eu fini, j'ai entendu les commentaires de deux journalistes de la chaine. Accablants.

"Il" avait lu son discours(il doit avoir un "pense-bête"), il n'avait rien dit de nouveau (c'est vrai), la foule était sans réaction (c'était faux), elle était de toute façon peu nombreuse (le nombre ne pouvait être évalué à partir de l'image).

La chaine qui diffusait indiquait que les images étaient fournies par l'organisateur. Suspicion de recherche des angles favorables, donc. Mais aussi suspicion d'une "claque" bien conditionnée. Dans ce cas, tout est faux depuis....le 27 Novembre 2016! Les urnes avaient été soigneusement bourrées!

La première critique qui m'a été adressée au tout début de l'affaire Fillon concernait les droits des médias, dont je trouvais suspecte l'unanimité. Ils semblent y tendre, se surveiller mutuellement, s'aligner, reprendre les mots trouvés, sonnant bien. Pour quelles raisons? Quels seraient les risques d'une réflexion indépendante...de l'indépendance générale des autres pouvoirs?

S'informe-t-on pour se faire une idée, à partir d'une ignorance totale, ou pour nourrir sa connaissance? La diversité des opinions nous ramène à l'impossibilité de la Vérité, à son caractère insupportable, en plus.

Mais l'inconfort de la solitude nous pousse à la recherche d'un consensus. Mou, ou dur? Le dur a plus de prestige, il fait davantage jouir, quel que soit son contenu. Mais il fait peur. Et si "on" se trompait? Si on était trompé par le "leader"** qu'on a choisi?

C'est bien ce qui s'est passé! Au lieu de faire bloc, face à l'accusation cousue de fil rose, l'unité retrouvée s'est fissurée, et maintenant, elle se désagrège, elle "fait dans ses chausses". Elle se veut "de bonne foi", comme si "elle" existait***! Comme Saint Pierre, elle se renie. Mais autant de fois qu'il sera nécessaire.

Qu'ira faire le malheureux Alain Juppé dans cette galère? À quoi veulent échapper tous ceux qui fuient leur chef blessé? Ou quelle récompense espèrent-ils? À part la survie?

Fillon, ou rien. Son renoncement sera un mauvais signal, pour lui, mais pour tous les autres. Les Républicains seront le colosse aux pieds d'argile. Le sacrifice de leur champion ne leur servira à rien, ce n'est pas à coups d'euros qu'ils retrouveront la confiance.

Des euros, on dit que Fillon n'en manque pas. En plus des idées, il dispose d'un "trésor de guerre". Il ne lui manque maintenant que ce qui est devenu rare, des hommes et des femmes qui choisissent le courage, même, fou, s'il le faut.

En fait, dans l'état actuel des forces en présence, le choix possible est entre Fillon et Macron. Dont le programme est flou, mais pas fou. Le programme de Fillon est net et clair. Il n'est pas rationnellement discutable. Ses difficultés sont extérieures, les résistances de bastions connus. 

Les difficultés du programme de Macron sont intérieures. Ses partisans sont ralliés, mais pas vraiment co-auteurs. Tout repose sur le guide. Qui rassure par sa capacité à réfléchir, à se reprendre, un peu trop souvent, encore. Comme bastions, il rencontrera les mêmes. Pour le moment, il croit en sa capacité de convaincre.

Le premier tour désignera celui d'entre les deux (Fillon ou Macron), qui s'opposera à Marine Le Pen au second tour. Le lauréat devra compter sur le soutien de l'autre, pour écarter le risque de l'aventure. Les bonnes manières feront des petits.

Quelle place auront pris les médias dans cette conclusion optimale? Aucune. Elle est trop banale pour les intéresser!

Et les Républicains, les Centristes? Dans les conditions actuelles, aucune, aussi. Le défaitisme, c'est le choix de la défaite. Les incantations sont vaines.

Pour me résumer, le choix des français de droite est triple: Marine Le Pen et son aventure de "La France seule", Fillon et sa France réformable, Macron et sa France irréformable, mais changeable!

Sceptique

*Inspiré de l'expression (pas gentille):"raisonner comme un tambour".

**Les études psychologiques sur la formation des groupes et leur fonctionnement montrent la nécessité de leur structuration dès le seuil de cinq individus. Un leader émerge, avec le consentement des autres. Au delà de ce seuil la hiérarchie se complique, se subdivise. Il n'y a plus un groupe homogène, mais des sous-groupes qui peuvent décider de rester ensemble....un certain temps. À ce titre, les ensembles humains qui se constituent, comme les partis politiques, sont autant de fictions fragiles. Mais nécessaires pour se faire une place dans les fictions plus vastes. Les crises qui les disloquent traduisent l'absence de réflexion des protagonistes, la méconnaissance de cette incapacité humaine. Que le psychanalyste Jacques Lacan a nommé "la babellisation". Le fait de parler la même langue ne suffit pas, car pour les usagers d'une langue, que nous sommes tous, le sens des mots n'est pas toujours bien connu.

***"Il n'y a qu'une foi, la mauvaise" Jean-Paul Sartre (l'Être et le Néant)