La campagne commence à peine, mais l'angoisse est trop forte pour qu'on attende patiemment la fin du premier tour. Qui dictera, j'ose l'avancer, les conduites dans les isoloirs des électeurs français.

La situation me parait plutôt claire. Il y a un pouvoir "sortant", disqualifié, éclaté entre ses héritiers légitimes, nés et élevés dans le sérail, et la vraie religion, et l'enfant "naturel", plutôt  bien réussi. 

Il y a deux pouvoirs "entrants", en tout cas comptant l'être. François Fillon, représentant l'opposition de droite, avait des espérances en rapport avec la colère des électeurs envers les sortants, tous rangs confondus. Mais il a été victime d'un montage médiatique et judiciaire, mettant en cause sa probité, et l'affaiblissant dans l'opinion.

Sa défense énergique, les doutes, progressivement étayés, sur l'honnêteté de la Ligue de vertu, n'ont pas encore permis de faire sortir l'effet de ces mensonges des têtes intoxiquées. François Fillon aborde sa campagne avec un handicap. Il doit reconquérir, point par point, la confiance des électeurs de son camp.

L'autre est Marine Le Pen, à la tête de l'extrême-droite, en lutte à la fois contre la droite républicaine  et la Gauche, sortante, "le système" comme elle dit, et l'Europe, responsable de tous les maux.

L'affaiblissement de la droite fait son affaire, car celui de la gauche, sortante, est la conséquence de ses erreurs. Mais son programme nationaliste, rétrograde, anti-européen, anti-immigrés, rassemble contre elle ses concurrents. Dont on attend qu'ils se liguent au deuxième tour, au profit de celui* qui lui sera opposé.

Qui pourrait bien être celui que je désigne comme "l'enfant naturel", Emmanuel Macron. Un sujet très brillant, remarqué par François Hollande, et inséré dans ses cabinets, puis dans son gouvernement, à des postes de responsablité. Il s'y est distingué par des analyses non conformistes et des solutions franchement hérétiques, ce qui ne pouvait que déplaire à la descendance légitime, élevée dans la vraie foi. Le chef de famille, à la fois l'aimait, en était fier, intimement, et honteux, publiquement.

Emmanuel Macron, sans modestie, se révolta "contre le père", quitta son gouvernement, et annonça qu'il se présenterait à la Présidence de la République. Rien que ça!

Tout le monde connait la suite, l'emballement de nombreux citoyens, celui d'un nombre croissant de transfuges et d'apostats de la gauche orthodoxe. Des sondages somptueux pour le premier tour, sa présence possible au deuxième tour. S'il est oposé à Marine Le Pen, il n'y aura pas photo, il sera Président de la République, sans passé politique habituel,  sans ses étapes, maire, conseiller général, député, ministre. Du jamais vu depuis longtemps....la Révolution Française et le siècle qui l'a suivie.

L'autre éventualité serait le rétablissement jusqu'à son niveau de départ de François Fillon, lauréat surprise de la primaire de la droite et du centre, pour laquelle son sérieux a tranché sur le banal des autres catalogues, et l'a porté triomphalement en tête du concours.

Le sérieux, en France, fait peur. Il y a tellement de profiteurs de ses manques, comme sous l'ancien Régime, à la cour. Les régimes passent, les passeurs-à-la-caisse, survivent, les cochons-de-payants grognent en vain.

La perspective d'années maigres pour les passeurs-à-la-caisse les a mis en alerte. Leurs troupes d'élite se sont mobilisées.

Les quelques semaines de campagne, d'ici au premier tour, ont comme mission d'éclairer les électeurs....enfin, ceux qui le veulent bien. Beaucoup ont fait leur choix, dont celui, absurde, de s'abstenir.

Sceptique

*Il n'y a qu'une femme prévue au second tour. Celle dont la majorité ne veut pas. Mais ce n'est pas parce qu'elle est femme.