Les hommes, français, ne s'engagent pas dans l'élection présidentielle, sans rêver au moins un peu à un succès, même improbable. Des fois que la foudre s'abattrait sur les rivaux, au cours du premier tour, on ne sait jamais!

D'autant plus qu'ils ont tous un projet épatant et miraculeux, faisant fi de tous les obstacles, naturels, ou placés sur leur trajet par les concurrents.

Au fur et à mesure de la campagne, cependant, les chances de chacun se précisent ou s'évaporent, les résultats des sondages, à dix pour cent près, ne pouvant pas être rejetés.

Pour des raisons qui tiennent à lui-même, et non à ses illustres parrains et diables protecteurs, Emmanuel Macron, l'audacieux inconnu du peuple, s'en est rapidement fait connaitre, et en a mis un bon paquet dans sa poche. À tort ou sans raison, c'est le peuple qui en décidera. "Il" a déjà laissé entendre sa sympathie, dans les sondages, et son enthousiasme, lors de ses "meetings". Et, parmi les futurs orphelins de la gauche, dont il s'est lucidement séparé, les moins dogmatiques le contemplent avec les yeux de Chimène. Même les hommes, oui!

C'est parce qu'ils le prennent au sérieux que les candidats déclarés de longue date, Marine Le Pen, et François Fillon, tirent sur lui avec tout ce qu'ils ont sous la main et de meilleur. Marine Le Pen sait que son capital de voix n'est pas tout à fait suffisant, et qu'il ne faut pas qu' IL lui en prenne au premier tour, ou qu'il en ramasse plus qu'elle, au second.

Et François Fillon, malgré sa résistance aux mauvais coups, et sa combativité, sait le mal qui lui a été fait, et combien les calomnies, crachées par tonnes, ont pu troubler d'esprits naïfs. Alors, avec un Kärcher, il asperge de peinture rose ou noire, le fils adoptif, mais en révolte, du Président François Hollande. 

Si, d'un côté, sa campagne ramène vers lui des partisans troublés, il ne doit pas négliger l'attractivité réelle d'un homme qui ne reprend aucune antienne du Président sortant, et propose de mettre en oeuvre de vraies hérésies (pour la gauche). 

Et comme cet homme a un réel désir de gagner, d'appliquer son projet, ses idées, il tire, à son tour, à la mitrailleuse et au canon sur ses deux adversaires sérieux. Ça fait partie du kriegspiel* électoral.

Le champ de bataille essentiel sera le premier tour. Le résultat final devrait s'y jouer.

Sceptique

* "Jeu de guerre", faisant partie de la formation des officiers de l'armée allemande.