François Fillon était l'invité, ce matin, de la matinale de France 2. Questionné sur sa phrase: "Je ne vous demande pas de m'aimer, mais de me soutenir", il s'est expliqué.

Bien qu'un homme politique puisse éprouver un plaisir à recevoir des signes d'affection, il ne doit pas soumettre ses actions à cette préoccupation. Il ne doit avoir en vue que l'intérêt général, la résolution des problèmes rencontrés par la nation, la mettant en danger ou en difficulté, celle des handicaps durables qui l'affaiblissent ou obèrent son avenir, celui de ses jeunes.

Il a sûrement en vue des cas concrets de notre histoire récente. Il dénonce la recherche d'affection que François Hollande a constamment manifestée sur l'ensemble de son mandat, et il voit dans les manières de son rival Emmanuel Macron cette même préoccupation de plaire. De la part des autres, c'est l'essentiel.

C'est le point faible de la démocratie, ce passage par la case sentimentale, de la séduction indispensable des électeurs. On cite souvent les paroles de Churchill, réélu en pleine guerre à la tête d'une Angleterre assiégée et bombardée jour et nuit.

Heureusement, nous n'en sommes pas là. Mais nous souffrons de multiples problèmes, économiques,  aux lourdes conséquences sociales. La tentation des candidats est de les nier, ou de promettre des solutions faciles, et indolores, sauf pour ceux qui auront à les payer.

Son programme comporte plus de mesures d'économie que de distribution. D'investissements, plutôt que de faveurs. C'est, il l'a toujours dit, l'indispensable à un redressement. Dont les effets auront besoin des cinq ans qu'il demande.

Il semble que lui-même ne voyait pas la nécessité de cette franchise. L'évidence des solutions ne pouvait que s'imposer à chaque cerveau.

Il a fallu le tombereau de calomnies déversé sur lui pour qu'il en éprouve l'efficacité. Le retournement de l'opinion, aidé par des médias unanimes, a montré la place des sentiments dans notre vie politique. Les sentiments font partie des passions. Et les passions ne font pas bon ménage avec la raison, même la cartésienne, présumée française.

Une élection présidentielle devrait  pourtant ne devoir son résultat qu'à la Raison. Ça ne se vérifie que rarement, mais nous le payons cher.

Sceptique