Notre histoire comporte plusieurs épisodes fastes pour les délateurs et leurs triomphes, en termes de dénonciations et de condamnations.

La Terreur a laissé un fort souvenir, parfois glorifié par des adeptes contemporains de la méthode. L'occupation et ses dénonciations "à la police allemande", suscite beaucoup moins de coups de menton glorieux.

De nos jours, les médias sont les boites aux lettres. Ils protègent leurs sources, par principe, et gèrent ces "informations" à leur convenance. Qui a ses limites. Il ne faut pas qu'on soupçonne une rétention qu'il faudrait expliquer, justifier. Une investigation, permettant de consolider la dénonciation, est un avantage pour la presse.

Comme, parallèlement, nous avons des siècles de tradition de corruption des puissants, de "vie sur la bête", le "scoop" des médias, enquêteurs, ou bénéficiaires des dénonciations détaillées, constitue une publicité "fruc-tueuse", dont les professionnels de l'information auraient tort de se priver.

L'objection, "s'il n'y avait pas des "pourris", il n'y aurait pas de dénonciations, et, partant, pas de scandale, de procès, d'éviction de professionnels de la politique, est très relative. Le jugement populaire, à chaud, relancé par la distillation de faits "nouveaux", n'est pas toujours confirmé par le procès, plusieurs mois ou années après la révélation des faits. Sans compter l'usure de leur gravité, ou même, l'apparition d'une nécessité, pour certains "marchés".

Les besoins d'argent des acteurs politiques constituent toujours le point sensible, et faible, du monde politique, au sens large.

Sous l'ancien régime, les rouages les plus précieux de l'action administrative ou politique, étaient rémunérés par les bénéfices des établissements religieux. L'habit écclésiastique, la tonsure, donnaient le change. La vraie vie devait cependant ne pas faire scandale.

L'empreinte de la Révolution sur nos moeurs politiques ne fut, dans un premier temps, ni forte, ni rapide. Il fallut un bon siècle pour créer une administration et un corps politique libérés de l'empreinte nobiliaire.

Curieusement, la corruption, sous forme d'emplois fictifs, réapparut sous la cinquième République, comme conséquence d'une phobie de l'argent, de l'idéal "pour la gloire et pour des prunes".

C'est la délation, peu coûteuse, qui porta les derniers coups à la conception éthérée, angélique, de la vie politique. La rémunération des élus de haut niveau ne suffisait pas, il fallut créer des budgets de fonctionnement pour les niveaux politiques, à partir de celui de maire. Par contre, ces budgets étant plus visibles que les détournements de fonds publics, l'image des élus ne fut pas mieux traitée. C'est la forme qu'a prise la délation commune, vague. "Tous pourris!"

Les carrières politiques se consolidant, et s'élevant sur plusieurs décennies, leur point d'origine se situe encore souvent dans la période du laxisme, du financement occulte. La mésaventure du Ministre Richard Ferrand en fait partie. Il a géré son ascension politique parallèlement à une consolidation de sa source de financement, semi-privée. Une bonne répartition des points d'appui avec son épouse a posé sur les moyens le voile n'écessaire. Le cloisonnement, comme dans les navires modernes, est une bonne prévention des naufrages.

Le tout nouveau pouvoir, à divers points de vue, du Président Emmanuel Macron, est éclaboussé (intentionnellement) par la dénonciation des bonnes affaires du Ministre Richard Ferrand, pas délictueuses, laissant de marbre les juges interpellés. 

Le Président est placé dans une position délicate, qui avive ses déclarations de campagne, qui met sous tension ses principes et ses sentiments. Il aurait préféré ne pas voir si vite les peaux de banane sur son trajet, les fruits pourris tacher son costume impeccable.

Nous avons besoin de LUI. Pourvu qu'il tienne (bis)! À quelles conditions? Les siennes!