La science, la vraie, pas celle qui affirme, mais celle qui démontre, vient de passer cinq années pénibles, après cinq précédentes déjà chaotiques. 

Ces dix années ont vu la montée en puissance des affirmations tranchantes, ou des dénis catégoriques. En médecine, il y avait même du beau monde qui participait aux autodafés des legs des deux siècles précédents.

Le pouvoir politique ajoutait la légitimité qui sort des urnes. Pourquoi la science échapperait-elle à la liberté des opinions?

Les intéressés, assommés par la contestation des bien-pensants, ont fini par faire profil bas. L'ampleur des autres malheurs, le chômage de masse, le terrorisme exogène, la peur globale de l'avenir, invitaient à taire des revendications catégorielles. En faveur desquelles, en plus, le peuple n'arbitrait pas.

Bien que cette question n'ait pas fait partie de la campagne  (quand le feu est au chateau, on ne s'occupe pas des écuries), les premiers choix faits par le jeune Président bien élu sont franchement rassurants. Au sein de son premier gouvernement, la Ministre en charge de la santé est du métier*, du côté scientifique.

Elle vient, après consultation des spécialistes de la question, de remettre sur la table la question des vaccinations.

Cette méthode de prévention, apparue fortuitement au dix-huitième siècle**, s'est considérablement développée au dix-neuvième, étayée par le constat d'un fait naturel propre au vivant, l'immunisation***.

En quelques décennies, la mortalité infantile s'est effondrée, les familles sont devenues systématiquement nombreuses, pour quelques générations. Au fil des décennies, les vaccinations contre les maladies reconnues comme infectieuses sont venues s'ajouter aux premières. Des fléaux redoutés, comme la poliomyélite, ont été les derniers servis, il y a maintenant soixante ans, bon poids.

Les progrès de l'hygiène publique ayant participé à la victoire, sur un autre front, des voix se sont élevées pour contester l'obligation des vaccins, toujours plus nombreux. Quelques maladies neurologiques, rares, semblant augmenter de fréquence, la tentation de les mettre en relation avec la vogue des vaccins s'est faite de plus en plus insistante.

La fin de l'angoisse de voir mourir un enfant en bas âge, expérience répétée de nos ancêtres, jusque dans les années 1900, s'est retournée en peur des vaccins, tant du côté des parents que des enfants. Il a fallu qu'ils deviennent obligatoires, soumis au contrôle de la médecine scolaire.

L'opposition, dogmatique:"ils" ne servent à rien, "ils" induisent d'autres maladies, s'est alliée à l'insouciance de toutes les parties, y compris de la médicale. Un médecin qui n'avait qu'une connaissance livresque de ces maladies devenues rares, pouvait-il plaider avec conviction leur nécessité? 

Les lobbyistes anti-vaccins, plus nombreux et moins contestés, ont fini par avoir le dessus. Le taux de vaccinations correctes, efficaces, a dangereusement baissé, au risque de la propagation foudroyante d'une épidémie. La rougeole, par exemple, a fait des réapparitions et quelques morts d'enfants.

Si la plupart des maladies infectieuses infantiles sont rarement graves et mortelles, la possibilité de s'en protéger à bon compte ne devrait pas être aussi contestée.

Mais le phénomène de refus, ou de négligence, prenant toujours plus d'ampleur, la Ministre de la Santé prône l'obligation de vacciner contre onze maladies infectieuses affectant les enfants. Ça ne pose pas de problème pour la santé, et toutes les maladies visées ont la possibilité d'être mortelles, même rarement.

De quoi faire hurler les gourous anti-vaccins! C'est un vrai changement après cinq ans de vide.

Il y a bien d'autres conflits où la vérité scientifique est balayée, ou remplacée par une légende idéologique. Le Président Macron laisse percevoir une crédulité dans ce domaine qui n'est pas le socle de son savoir. Mais à la différence de ses prédécesseurs, il est capable d'écouter d'autres avis. Son intelligence le protègera de l'obstination.

Son approbation d'une ministre compétente est rassurante.

Sceptique

*Elle est médecin, vouée à la recherche.

**La constatation, fortuite, d'une protection "naturelle" des personnels affectés à la traite des vaches, contre la petite vérole, ou, variole, a donné à Jenner l'idée d'inoculer le cow pox à des personnes non exposées. Celles-ci se révélant résistantes à la variole, Jenner a recommandé la méthode, avec le succès qu'on connait.

***À partir de ce constat, d'autres essais, pour d'autres maladies, ont mis en évidence cette propriété d'acquérir une protection durable contre une maladie, après une première rencontre avec l'agent infectieux.