Cette incroyable collision entre deux navires modernes, à l'équipement électronique dernier cri, ou presque, me rappelle ce passage de Citadelle, l'essai "philosophique" d'Antoine de Saint Éxupéry*, où il médite sur l'importance de la vigilance et de la responsabilité dans la vie sociale. Il revient à plusieurs reprises sur l'image de la sentinelle endormie. Mon vécu de la guerre d'Algérie me rendait sensible à cette image, et à la méditation de l'auteur.

Tous les accidents qui surviennent dans la vie des hommes, seuls, ou en groupe, sont dus, "in fine", à une défaillance mineure de l'attention d'un quidam qui en est chargé. La vraie fatalité est extrêmement rare.

On peut être certain que tant sur le porte-conteneurs que sur le destroyer américains, les instruments de surveillance, maintenant banalisés, étaient en fonctionnement. Mais les hommes chargés de réagir à leurs informations? 

Il semblerait qu'à bord du navire de commerce, "on" ait vu l'imminence de la collision. Mais de réaction, sous forme d'alerte sonore, ou d'une tentative d'évitement, rien.

Quant au navire de guerre américain, c'est en plein sommeil que ses victimes ont été surprises, par l'éventrement de leur compartiment. Les personnels de quart n'ont rien vu. Ni avec leurs yeux, ni avec leurs instruments. Les capacités de manoeuvre d'un navire de ce tonnage auraient pourtant été précieuses.

On travaille, aujourd'hui, à améliorer les artefacts humains, à les rendre moins dépendants de leur créateur, à le remplacer totalement, comme s'il en avait toutes les capacités, mais sans jamais dormir*. On ne met pas à la poubelle des navires qui ont à peine vingt ans d'âge. Mais ils sont nés un peu sourds et à l'esprit lent. L'âge ne les arrange pas!

Sceptique

Saint-Éxupéry était, à l'époque, classé parmi les existentialistes.

*On ne pourra, malheureusement, éliminer les pannes.