"Les deux, mon général!"

Notre nouveau Président a reçu en cadeau de bienvenue deux affaires bien françaises.

Je choisis l'ordre d'entrée en scène. DMS, à La Souterraine, Creuse, STX à Saint-Nazaire, Loire Atlantique.

La première, spécialisée dans la plasturgie, fournit notre industrie automobile en tableaux de bord. Notre industrie automobile encore en activité en France, je pense, car je doute que nos usines délocalisées en Europe de l'Est ou ailleurs dépendent de ce fournisseur hexagonal.

Cette usine, ne pouvant soutenir la concurrence, est menacée de fermeture. La CGT a pris l'affaire en mains, à sa manière, la forte. Grève, bien sûr, occupation, violences sur tout ce qui approche, et commandos allant bloquer les clients infidèles, Peugeot et Renault.Ceci, malgré les promesses de commandes substantielles à l'usine DMS.

On retrouve la méthode qui a éliminé, dans la violence, d'autres usines d'éléments de véhicules automobiles, comme les pneumatiques, à Amiens, et ailleurs.

Pourquoi cette destruction systématique d'usines, de clientèles, aboutissant à leur liquidation et au licenciement de tout le personnel?

Le syndicat jusqu'auboutiste et violent à l'encontre des cadres, est soupçonné à bon droit d'achever ces entreprises en difficulté, d'empêcher tout sauvetage sérieux. Mais il parvient à arracher des indemnités substantielles pour les personnels définitivement licenciés.

Que cette conduite résulte d'un pronostic fatal pour l'usine en question, s'impose à l'esprit. L'autre hypothèse serait la nécessité d'entretenir une image en montrant sa force, non contestée, par un exemple, sacrifié pour relancer la crainte de ce syndicat. Les deux interprétations se rejoignent, chaque fois, car il y a une part de mystère dans la solution finale, mettant en échec la gouvernance privée, et la tentative de sauvetage de l'État.

Une autre inquiétude surgit en Loire Atlantique, à Saint-Nazaire, où le chantier naval STX fait le bonheur des croisiéristes du monde, par la fourniture de bateaux de plus en plus grands, de plus en plus beaux. L'État a été obligé d'entrer dans le capital pour compenser le retrait de l'associé coréen. Mais "il" ne veut pas s'y laisser piéger. Il s'est tourné vers le chantier italien qui fait le même métier, et ne demande pas mieux de contrôler ce fournisseur de la concurrence.

Mais tout d'un coup, les réflexes énarchiques du Président et de son ministre de l'économie Bruno Le Maire se réveillent, et font paraitre impossible la cession pure et simple à l'italien FINCANTIERI. Une bizarre solution d'une nationalisation partielle de la partie française est concoctée à la hâte.

Il y a une logique à la base de cette subite réserve. Il est évident qu'en cas de difficulté(s), c'est le chantier français qui sera fermé, et les travers de notre code du travail nous désignent déjà comme le dindon de la farce. En même temps, formule chère à notre Président, nous ne devons pas oublier que notre État est un très mauvais gestionnaire, et que la nationalisation de la part française de STX sera une bombe à retardement.

S'alléger d'un fardeau, ou garder précieusement un bijou fragile, tel est notre dilemme séculaire. Généralement, nous préférons le bijou, qui ne reste pas longtemps dans notre coffre.

Sceptique