L'histoire est devenue une science, écrite par les historiens, qui garantissent leur sérieux par une méthode, largement convenue, mais c'est aussi une science humaine, qui fait une place aux passions, d'amour, d'admiration pour ses acteurs, mais aussi de haine, pour les mêmes.

Comme elle est une matière d'enseignement, une connaissance de l'histoire étant un devoir pour des citoyens devenus responsables de la bonne marche de la société concernée, dont l'histoire raconte....l'histoire, cellle ci est déchirée entre deux devoirs, être belle, le plus possible, et honnête, de même.

Les vivants vivent l'histoire de leur temps, au jour le jour. Ils n'en sont pas tous heureux, car, de plus en plus, ils ne sont pas tous d'accord avec son déroulement. Ils sont invités à relier le passé, bon ou mauvais, au projet de continuation qui a été choisi par les citoyens, consultés régulièrement. Je ne parle, bien sûr, que des démocraties. Pour ne pas être en reste, aggraver leur cas, les dictatures mettent en scène des consultations, dont le résultat est choisi avant.

La "beauté" de l'histoire est donc toute relative. Pour toutes les sociétés, démocratiques, ou non, chaque génération rafraichit le récit du passé, le débarrasse de ses taches, de sa poussière, rénove les couleurs, s'occupe des images, des faits, de leurs auteurs. Selon l'humeur du moment, les rénovateurs choisiront le rafraichissement, le placement dans les réserves, ou la destruction pure et simple des faits honteux, désavoués.

Ainsi, un grand ménage est en cours aux États-Unis. Qui ont une tache dans leur histoire: le recours à l'esclavage, à la traite négrière qui l'a alimenté, dans tous les états du Sud, dont le climat n'était pas compatible avec le travail de l'homme blanc. Les hommes noirs, capturés et achetés en Afrique, ont été transportés et vendus aux planteurs blancs. 

Les états du Nord, dont le climat n'était qu'une forme plus rude que celui de l'Europe, point de départ des immigrants blancs, n'avaient pas besoin de cette main d'oeuvre spécifique.La société des immigrants s'est organisée autrement, la couleur de peau n'étant plus un critère d'appartenance à une classe sociale particulière. Moins d'un siècle après l'indépendance, les États du Nord désavouaient la pratique de l'esclavage, et faisaient pression sur ceux du Sud pour qu'ils y mettent fin, tant à l'importation qu'au statut servile des hommes et des femmes achetés, et de leur descendance.

Pour les sudistes, c'était la mort économique, et la Secession leur apparut la seule solution. La guerre civile, perdue par les Sudistes, a créé les États-Unis qu'on connait, avec ses problèmes ethno-sociaux résiduels de ces mauvais débuts. Pendant un bon siècle, les noirs ont connu un niveau d'intégration sociale, tant au nord qu'au sud, très défavorable. Il y a encore beaucoup à faire. La nécessité et les modalités divisent les américains qui ont le pouvoir. Les blancs ne sont pas en grand nombre, pressés de voir les noirs combler leur retard, particulièrement dans les états ex-sudistes, mais aussi dans les autres. Les noirs doivent multiplier leurs efforts pour obtenir une vraie égalité, en particuier de traitement, de la police, de la justice, des investissements publics.

L'arrivée au pouvoir du conservateur Donald Trump, ostensiblement réactionnaire, semble avoir exacerbé le conflit, chez les nostalgiques de l'inégalité. Les violences récentes en témoignent. Un débat s'est focalisé sur la nécessité, ou non, de faire disparaitre les figurations des acteurs de la guerre de secession. Bien entendu, les conservateurs sont en majorité pour leur conservation, et le Président Trump est ambigü, pour, pour une raison, contre, pour une autre.

Comme il s'agit d'une page d'histoire "clivante", l'intérêt d'en effacer les souvenirs est certain, mais le sujet ravive les haines sociales et raciales.

La science historique, l'histoire objective des États-Unis risquent-elles de s'appauvrir?  Les historiens, les passionnés d'histoire, auront toujours à leur disposition les témoignages et les récits publiés.

Notre pays ne s'est pas privé d'employer ce procédé, importé d'URSS. Il ne gène pas les amateurs de l'Histoire. Ceux qui y sont indifférents le restent, se contentent du bagage scolaire, de plus en plus léger.

Sceptique