Après cinq ans de pouvoir d'un François Hollande admettant lui-même son échec, les vaincus de 2012 ne pouvaient concevoir une nouvelle mise à l'écart.

L'irruption d'Emmanuel Macron dans le jeu politique, un peu plus d'un an avant l'échéance présidentielle, ne devait pas changer le résultat, le retour d'une droite revigorée, solidement préparée. Le pou trouvé dans la tête du candidat massivement choisi, François Fillon, a brisé l'élan d'un parti "sûr de lui et dominateur". Le troisième larron a imposé sa victoire, mais pas par défaut. Porté par une vague de confiance populaire, aidé, paradoxalement par une abstention inhabituelle, Emmanuel Macron a été élu Président de la République, dans les règles fixées, et sa majorité a raflé de quoi assurer un soutien parlementaire "introuvable" au vainqueur.

Ce n'est pas un Républicain qui est à l'Élysée, et le parti de ce nom ne le digère pas. Ne pouvant, non plus, se saisir d'un vrai "casus belli", d'une réelle incompatibilité politique, ou idéologique, il "fait les poubelles", à la recherche d'une peau de banane.

Sa dernière trouvaille est la création d'une idole, devant rassembler le peuple aux pieds de son écrin, LA DROITE.

Il est vrai que depuis l'origine de la vie démocratique de notre pays, la Droite n'était que ce qui n'était pas la Gauche, qui avait choisi ce côté de l'hémicycle pour elle toute seule. Il ne restait que l'autre. Qui défendait l'existant depuis toujours, un ordre social cependant marqué par une élimination, celle de l'aristocratie. La bourgeoisie en constituait l'essentiel, républicain, mais pas révolutionnaire. "Tout, sauf le bordel", c'est "la Droite".

Sur ce point du "bordel", il a, en fait, très peu de vrais partisans, attardés dans la nostalgie révolutionnaire. Pour la majorité de ceux qui se rangent à gauche, la possession et l'usage du pouvoir, la disponibilité de l'argent public pour entretenir l'affection de leurs électeurs les comblent. Le manque d'argent met en colère ceux qui l'attendent, qui rejoignent alors les mécontents qui le fournissent. Le pouvoir change de mains, jusqu'à la sortie du rouge, celui des comptes.

La perplexité créée dans les têtes de droite par l'apparition, puis, par la victoire triomphale d'Emmanuel Macron, tient à ce qu'il se dit lui-même, ni de droite, ni de gauche, qu'il passe de l'une à l'autre de manière très nuancée, et même, raisonnablement

Il a fait encore plus fort en allant chercher son Premier Ministre dans les rangs des Républicains, puis, en recrutant deux très bons éléments du même parti, Bruno Le Maire, et Gérald Darmanin, et en leur confiant une charge sensible et difficile. J'oublie, peut-être, d'autres enlèvements sans rançon.

Il contribue (toujours le Président) à la douleur des Républicains, ainsi renvoyés à leurs erreurs répétées de "casting", au détriment de leurs meilleurs éléments. C'est probablement le point faible des partis politiques. Le conformisme, la modestie des idées et des ambitions sont finalement préférées aux talents exprimés. À chacun son tour!

Mais surtout, au fond, il n'y a pas de bonnes places pour tout le monde, et les meilleures sont rares et recherchées. En créer une nouvelle, sur mesure, est, forcément tentant. Le Défenseur de la Droite, tiens, ce n'est pas mal. Une belle épée fendant l'air, prête à l'estoc ou à la taille, ça remonte le moral. Pendant ce temps là, on ne rumine pas sur le passé.

Hélas, le fantasme ne fait que cacher la vraie question: pourquoi le Parti des Républicains s'est-il pris les pieds dans le tapis? 

Pour les raisonnables, il vaudrait mieux que le parti analyse ces cinq ans passés, plutôt que les cinq ans d'un autre, qui commencent.

Sceptique