Les religions sont vieilles , mais moins que le monde. Et elles vieillissent moins bien, car elles ne s'adaptent pas, ne se remettent jamais en question, se cramponnent au schéma initial.

Elles choisissent d'ailleurs, pour diminuer le risque de se tromper, de s'appuyer sur le contenu d'un Livre, que leurs scribes ont rempli de leur histoire, de leurs bases intangibles, des prescriptions éternelles. Même si l'auteur  lointain du texte s'est retiré du monde des hommes, sa parole, noir sur blanc, est disponible, présumée intacte, dans le Livre. Il suffit à chaque génération de le lire.

Pour ceux qui n'ont pas appris à lire, les clercs lisent les textes pour eux, et vérifient qu'ils les ont bien retenus.

Pendant des siècles, composant des millénaires, les fidèles, avec le soutien des clercs, ont apppris par coeur les prescriptions divines. Ils les ont appliquées à la lettre, et pour défendre cette dernière, ils n'ont pas hésité à punir jusqu'à la mort, les tièdes et les discutailleurs.

Tout d'un coup, d'un siècle à l'autre, dans notre monde chrétien, les discutailleurs n'ont plus eu à avoir peur de contester le christianisme, sous ses diverses formes, mais plus âprement sur sa forme la plus puissante, le catholicisme. Très catholique, la France s'est trouvée en tête de la contestation. Le Siècle des Lumières porte notre marque. Notre Révolution a été sa traduction politique, allant jusqu'à la violence. C'est à cette occasion que nous nous sommes aperçus que la violence faisait pire que bien sur ce champ particulier. Un concordat constitua le traité de paix.

Mais le ver était dans le fruit, et les religions ne retrouvèrent plus le statut et la puissance qu'elles avaient encore à la veille de la Révolution. En France, le siècle suivant s'ouvrit sur la séparation des églises et de l'État, d'une manière plutôt rude, allant au delà du nécessaire. L'État, en la personne morale des communes, a sur les bras les églises, dont il assure l'entretien. Il appartient cependant aux communes de décider des travaux nécessaires, parfois indispensables à force d'être différés, et d'en monter le financement. Il faut vraiment que le monument en vaille la peine, quand il n'est pas classé.

Quant à la population catholique, sa demande religieuse s'amenuise au fil du temps, et privilégie la fin de vie. Le "on ne sait jamais" conclut les doutes ou les négligences du long de la vie. Le dernier office comme assurance-éternité. Valable quel que soit la méthode du traitement du corps, inhumation ou crémation.

L'Église catholique ayant un chef, dont l'autorité couvre tous les aspects de la vie religieuse, y compris la morale spécifique, les oppositions entre l'usage qu'en font les fidèles, et les valeurs que défend l'Église, par la parole du Pape, concernent toutes les offres de la société laïque. La contraception et l'IVG restent dans le collimateur, l'Église ne pouvant prendre en considération les inconvénients de l'effondrement de la mortalité infantile, très installé depuis plus d'un siècle dans notre société, mais déjà notable dans toutes les autres.

Le conflit entre les fidèles et le Pape sur les sujets touchant à la sexualité n'a pas de solution. La relativité des prescriptions de la volonté divine, ne devrait même pas, logiquement, exister! Le Pape n'est pas élu, comme un politique, pour changer les choses, mais pour les maintenir, éternellement, comme son auteur.

Les églises sans chef, gardien de la Vérité, sont évidemment plus souples, plus accomodantes, mais on ne peut que "tiquer", car ce sont alors les textes fondateurs qui sont disqualifiés. 

Je pensais que seul le catholicisme connaissait ce handicap. Un semblable vient de concerner le judaïsme, à Paris, où un rabbin très âgé est venu d'Israël*pour y prêcher, c'est à dire dénoncer toutes les libertés que les fidèles ont prises avec les interdits et prescriptions qui régissent la sexualité, expression de la parole divine. Colligée dans la Bible et ses interprétations. Nous avons puisé les nôtres à la même source, et nous sommes au même point, en décalage profond avec les textes sacrés.

À Jérusalem, l'honorable rabbin conservateur n'a pas l'autorité d'un pape, mais les fidèles contestataires expriment la même demande, que les autorités religieuses s'adaptent aux....mauvaises, mais agréables évolutions des moeurs.

Ce qui m'a toujours étonné, c'est la demande faite aux clercs de moderniser les textes, de les nettoyer, mais jamais reprise dans les prières directes à Dieu.

Par crainte que pour une fois, il réponde, peut-être?

Sceptique

*Une lecture trop rapide de l'article rapportant ce conflit entre un rabbin et ses ouailles, m'a fait commettre une erreur...qui ne change rien au sens général: les religions sont conservatrices, puisque leur fondateur ne s'exprime qu'une seule fois.

Note du 15 Septembre 2017  Coïncidence qui me surprend, un courrier m'arrive ce matin, émanant d'une association inconnue, AVENIR DE LA CULTURE. Par contre, la typographie, le ton du texte, et sa conclusion (des sous!) me sont familiers. Il s'agit d'une Nième cause saisie par la Nébuleuse Karman(cf Agriculture & Environnement). Cette fois-ci, et c'est pourquoi je la signale, il s'agit d'une suggestion de Dahlil Boubekeur, Recteur de la Grande Mosquée de Paris, de mettre à la disposition des musulmans des églises désaffectées.

La suggestion n'est pas réaliste....en France, où le clivage religieux est encore très vif. Aucun gouvernement ne prendrait ce risque politique. Mais du côté des médias ou des officines à la recherche de causes, il y a motif à mordre. Sous la surface, le magma volcanique bouillonne.