En promettant la procréation médicalement assistée à toutes les femmes, sur simple demande, donc, Emmanuel Macron, le futur Président de la République, a semé un paquet de germes de discorde. Pas tellement entre les citoyennes lambda, qui ne s'attristent pas d'un intérêt pour elles, mais entre les spécialistes des deux sexes, qui se sont positionnés sur ce créneau. Leur question lancinante est:"quel sera l'avenir des enfants mis au monde, pour la satisfaction de la seule mère?"

La question subsidiaire est:"un enfant peut-il vivre heureux dans l'ignorance de sa filiation exacte?"

La réponse est majoritairement NON, mais la demande de savoir est rarement spontanée. Elle est le plus souvent déclenchée par une suggestion: "comment peux tu être heureux si tu ne connais pas ton vrai père, ta vraie mère, les deux?

Pendant des générations et des générations, des enfants devenus adultes ont vécu dans l'ignorance de leur vraie origine. Il ne savaient, parfois, que celle qu'on leur avait attribuée n'était pas la vraie. Mais l'accès à la vraie se heurtait au silence des adultes, qui se transmettaient l'idée de la nuisibilité de la vérité. C'était pire que le mal.

J'ai vécu, comme témoin recevant le récit, un certain nombre de rencontres d'adultes avec leur vrai père, ou leur vraie mère. Toujours décevantes et sans suite. Un soulagement, et un "bof!", en conclusion.

Pour autant, je n'ai jamais déconseillé cette recherche, car faire le deuil d'une illusion, la paix avec son passé, ne peut être une mauvaise opération.

Un autre évidence m'est apparue avec l'expérience: la "normalité" d'une maternité, toujours sûre, celle d'une paternité, toujours présumée, mais avec des degrés de certitude, n'est jamais une garantie de qualité, d'efficience, sur le destin* de l'enfant. 

Le mot "destin" *est-il convenable? Oui, et non. Oui, l'enfant reçoit des soins, de la nourriture, de l'amour, une éducation, un langage, une culture, qui lui permettront de construire une base à sa vie future. Volontairement, je n'attribue aucun adjectif qualificatif à ces matériaux de base, à leur agencement.

La grande affaire d'un enfant, objet de tous les soins, bons ou mauvais, est de devenir un sujet, qui se sentira libre de ses choix, mais aussi responsable. Les conseils qu'il sollicitera ne créeront pas de lien de dépendance avec le conseilleur, de dette envers lui.

Malgré l'angoisse de ses "parents", "génétiquement" vrais, ou non, leurs conseils deviendront, ou non, la propriété du conseillé. "Ils" lui étaient dus, de toute façon. La fonction parentale est faite de devoirs, et de très peu de droits, qui concernent les rapports de ces parents avec la Société. La société a un droit de regard, sur le respect de la loi commune, qui garantit les moyens, comme la scolarité obligatoire, les soins préventifs et curatifs, tout ce qui est considéré comme indispensable par une société donnée. Cette dernière garantit à l'enfant son accès à l'état de sujet. Une limite d'âge est fixée par la loi commune. L'inaptitude, possible, doit être confirmée, "de l'extérieur".La Société exerce alors son devoir de protection de tout citoyen qui en a besoin.

La dernière question revient sur l'influence éventuelle des moyens par lesquels l'enfant vient au monde, qui se sont élargis depuis la base originaire et aléatoire appartenant à la Nature, terriblement gaspilleuse, et, surtout, pour l'homme "moderne", jugée injuste. Cette injustice doit elle être abolie, ou compensée? 

L'homme se libère progressivement des insuffisances de la NATURE. En a-t'il le droit, se demandent certains? La possibilité matérielle de passer outre le crée-t-elle? C'est sur ce point particulier que porte le débat: la limite des libertés.  Certains les demandent, les réclament à corps et à cris, d'autres les combattent de même. Les sociétés diffèrent par leurs décisions, la facilité, ou la véhémence, des débats. Nous appartenons à ce dernier groupe

Sceptique

* Le mot destin (ce qui est donné) n'a plus la cote. Chacun peut choisir librement sa voie vers chaque aspect de la vie, du corps, sexe compris, de l'esprit, tout est pensable. La société est sommée de satisfaire les désirs,les plus "abracadabrants" compris.