Toutes les nations sont des constructions artificielles, résultant d'une volonté multiple, mais jamais unanime. Beaucoup résultent de guerres internes, dégageant des vainqueurs. Le modèle monarchique, légué par les envahisseurs germaniques de l'empire romain, avec ses règles, son modèle de transmission, a longtemps prévalu.Les plus récentes, en Europe, résultent de la volonté d'hommes politiques, qui ont convaincu les futurs citoyens. L'Allemagne, l'Italie en constituent des exemples. 

L'Espagne unifiée résulte d'une reconquête, partant du nord de la péninsule, ayant résisté à El Andalous, la conquête musulmane à partir du sud, où elle avait pris pied. Cette reconquête a porté les hommes et les familles qui en ont pris progressivement la tête, jusqu'à l'Espagne d'aujourd'hui*.

Toutes les nations de l'Europe ont connu des divisions, des guerres internes, d'abord "centrifuges", puis, par réaction, centripètes, unificatrices, sous la direction de monarques soucieux d'unification, condition de la puissance extérieure, de la cohésion intérieure.

L'unité des nations n'a jamais été spontanée. Elle est toujours apparue comme la condition nécessaire à la résistance à des menaces extérieures. Dès que ces menaces s'estompent, sont moins pressantes, l'unité semble à la fois pénible et moins utile. L'affaiblissement global d'une nation, de son pouvoir central, libère les forces centrifuges, présentes dans les parties rassemblées.

La guerre civile de 1936 s'est déclenchée dans un contexte de menaces contre l'unité, de réveil des nationalismes locaux, de clivages sociaux. L'insurrection militaire en fut la réaction. La dictature de Franco en fut la conclusion. L'Espagne d'aujourd'hui, démocratique, constitue une nation relativement fragile, contestée, comme on peut le voir, longtemps confrontée au séparatisme basque, et maintenant à celui de la Catalogne. 

Le nationalisme catalan a-t-il une base historique, ou résulte-t-il d'un fantasme alimenté par une prospérité supérieure au reste de l'Espagne? La Catalogne ne figure pas parmi les royaumes fondateurs.

Cet avantage "matériel" pourrait ne pas durer très longtemps. Les nationalistes qui réclament la séparation d'avec l'Espagne, avec l'intention de ne plus partager sa prospérité avec "la mère patrie", sont plus que socialistes. Ils sont  à l'extrême-gauche, et méprisent, haïssent, même, le modèle économique qui l'a permise. Certains éléments ont commencé à manifester leur rejet aux touristes qui les envahissent chaque été. Un peu plus, l'indépendance, par exemple, et on leur claquera la porte au nez.

Les espagnols prennent au mot cette volonté d'indépendance. Ils la refusent, au nom de leur histoire, de leur reconquête, précisément, au bout de huit siècles d'occupation. À leurs yeux, cette idée d'indépendance n'a aucune justification historique, pas davantage contemporaine. Les régions espagnoles ont plus d'autonomie que les nôtres. La Catalogne a son parlement, son gouvernement, sa langue, dialecte issu de l'espagnol, n'ayant jamais subi aucune contrainte du pouvoir central. Notre République a été nettement moins tolérante. Elle autorise, maintenant, tous les bi-linguismes qui revendiquent leur place. Nous ne sommes pas un exemple de liberté, de tolérance, et, de toute façon, ce n'est qu'une fantaisie coûteuse et sans profit pour les adeptes, autre que la possibilté de se payer la tête d'un autre hexagonal en visite.

Les deux précédents référendums pour l'indépendance ont montré que l'indépendantisme de la Catalogne n'était pas majoritaire. De peu. Mais la majorité c'est 50,01%, pas encore obtenue. 

Ce qui est inquiétant, c'est le désordre et le climat qui vont entourer la consultation d'aujourd'hui. La manipulation du résultat n'en sera que plus facile. S'il est nettement favorable à l'indépendance, l'Espagne la reconnaitra-t-elle? Elle s'arcboute sur son histoire, sur le consensus qui a suivi la dictature nationaliste de Franco. Une répétition de cette dernière est impossible, impensable.

J'ai la conviction que, s'ils sont victorieux, les catalans déchanteront assez vite. Mais qu'auront-ils comme régime? Celui-ci aura-t-il l'honnêteté de reconnaitre son erreur? Il sera tellement plus facile d'accuser "l'Autre".

Sceptique

*Une démocratie, combinée à une monarchie constitutionnelle, rassemblant des provinces autonomes. 

 Conclusion (du 2/10/2017) Les perturbations du vote par les forces de police espagnoles ont été assez importantes, et répétées, pour le considérer comme ininterprétable. Ce qui n'est pas l'avis du leader indépendantiste, qui donne des chiffres triomphalistes, jamais approchés par les précédents scrutins, qui donnaient une légère avance au "NON". À part lui et ses fidèles, personne, en Espagne ou en Europe, ne leur accordera une valeur. Le gouvernement de l'Espagne dispose de moyens judiciaires sérieux à l'encontre du chef de gouvernement catalan. 

"On" reproche au gouvernement espagnol de ne pas avoir négocié avec la région rebelle, se contentant de s'en tenir à la constitution qui les lie ensemble. Ces liens fondateurs vont à l'encontre du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, premier argument de tout séparatisme. Qui a tort, qui a raison? Les arguments se neutralisent, seul reste le rapport des forces. A priori, l'État espagnol l'emporte à tout coup. Quant à l'intérêt, on ne voit pas celui des séparatistes. Ils ne sont pas persécutés, ni victimes d'inégalité de traitement. Leur voeu n'est que sentimental.